Connaissance du Patrimoine Culturel Local
Le Petit Journal
de Sainte-Ménehould
et ses voisins d'Argonne
Edition régulière d'un bulletin traitant de l'histoire, des coutumes et de l'actualité.

Quand on parle des monuments aux morts

mardi 25 septembre 2018, par John Jussy


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Chaque commune a son monument aux morts et toutes les cérémonies patriotiques s’y déroulent. Qu’ils représentent une scène, un poilu comme à Sainte-Ménehould, ou une simple pyramide, le monument est pour nous la mémoire de la Grande Guerre. Et pourtant, dans l’Almanach du combattant de 1922, un article dénonce "les mauvais monuments". Le texte est d’Emmanuel Bourcier.

" Et il n’est pas une mairie qui ne s’encombre de vingt maquettes au moins. Ce ne sont, pour la plupart, que gloires ailées, obélisques, France casquée, candélabres, et que poilus mourants. Ce ne sont qu’horreurs et que monuments omnibus à placer n’importe où, au petit bonheur, dans un square, devant la gare, ou sur la promenade de n’importe quelle ville, pour l’enlaidir.
Et c’est cela qui, choisi, reçu, imposé, témoignera dans la suite des âges, du goût français de l’après-guerre victorieuse ? Allons donc !
Pourquoi en est-il ainsi ? pourquoi la tourmente géante n’a-t-elle pu faire jaillir de puissantes et émouvantes œuvres du cerveau de l’art ?
Parce que très peu d’artistes ont pensé au sol. Parce que la plupart ont oublié l’ambiance du terrain où les morts ont vécu. C’est clair. Très peu ont simplement évoqué l’accident pittoresque "situant" la petite patrie des héros tombés, l’aspect caractéristique régional, et qui, pour sûr, est resté imprimé dans l’œil du soldat au moment où il allait mourir."



L’auteur de l’article pense que ce devoir de mémoire pourrait être réalisé par un tableau :
"Il fallait glorifier avec cela ceux qui moururent pour que cela persiste. Et il n’était pas indispensable que cela fut traduit en statue. On pouvait le peindre aussi.
Ecoutez ! Sur 750 kilomètres de long, tous les villages sont ravagés. Les survivants, revenus dans les ruines, n’ont pas l’argent nécessaire pour reconstruire leurs maisons. Et je sais des endroits où tant d’hommes sont morts qu’il manque trois générations mâles tout entières aujourd’hui. Les pauvres gens ramassant leurs décombres vont-ils dresser tout de suite, et d’abord, le monument de pierre du souvenir ? Non ! Mais lequel refuserait de voir la place d’honneur, sur le mur neuf de la mairie, peinte de l’aspect actuel du village tel que l’ennemi le fit ? Tableau qui fixerait le crime et serait l’exemple que les enfants viendraient voir Souvenir durable des cruautés guerrières, et donné en mémoire des défenseurs morts."


Emmanuel Bourcier est contre ces "petits monuments" :

"Que si le monument sculpté s’impose, que, du moins, l’esprit émouvant du sol pénètre dans l’argile natal que les sculpteurs façonnent à pleines mains. Que la Pierre pleine d’âme se dresse sur la terre où le mort est couché ! Mais qu’on épargne aux grandes mémoires ces petits monuments en série, horribles à frémir, et qui déshonorent déjà ceux qu’ils devraient honorer.

Le monument aux Morts, c’est, à chaque endroit où il s’érige, le sol même qui se dresse. C’est la vie qu’a vécue celui qui s’en alla. Il doit avoir ses racines dans la terre, comme un arbre. Ou, alors, c’est à désespérer.

Le Monument aux morts, c’est l’âme des morts présente devant les vivants. L’artiste ne peut le concevoir au fond de l’atelier. Il faut qu’il aille sur place respirer l’air natal du soldat parti, entendre sa légende dans le patois local et voir, de ses yeux, ce que ses yeux ont vu.
Ce qui n’est pas préparé ainsi n’est, presque toujours, qu’une œuvre de mercanti. Les Morts eux-mêmes le refusent."

John Jussy

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