Connaissance du Patrimoine Culturel Local
Le Petit Journal
de Sainte-Ménehould
et ses voisins d'Argonne
Edition régulière d'un bulletin traitant de l'histoire, des coutumes et de l'actualité.

12 rue de la libération à Sainte-Ménehould

jeudi 24 janvier 2019, par François Duboisy


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À Sainte-Ménehould, en bas de la rue de la Libération se situe une belle propriété où trône une maison de maître de grande qualité. Achetée il y a quelques années par un expert-comptable, elle a belle figure après d’importants aménagements qui ont vu le propriétaire y transférer ses bureaux. Sur la grille peinte en noir qui donne accès au parc j’ai lu une étonnante dénomination : « La Mionnerie ». J’ai fait part de mon étonnement au propriétaire qui a eu la gentillesse de me recevoir. J’ai pu alors percer l’origine de ce nom que vous verrez apparaître dans la courte histoire de ce domaine.




La Millonnerie :
Vers 1800, un dénommé Millon fit construire à cet endroit une maison et ses dépendances et emprunta son nom pour lui donner une dénomination.

Des propriétaires de renom : La Mignonnerie :
En 1832, c’est un « de Chamisso », prénommé par Baillon L.-G.-V. qui l’achète (Qui m’aidera à trouver ces prénoms ?) puis le cède à Casimir-Louis-Frédéric de Chamisso, père de la femme du général Mayran tué en Crimée au siège de Sébastopol en 1855. Les « de Chamisso » appartiennent aux deux branches d’une famille noble émigrée, l’une d’Ante, l’autre de Villers-en-Argonne.
Le propriétaire suivant fut monsieur Lallement, un fondeur réputé dont le nom figure encore sur d’anciennes plaques d’égout. Il transféra sa fonderie dans les dépendances. Ensuite ce fut un dénommé Pérard, capitaine de cuirassier et père de Louis Pérard, marchand de vin en gros. Il fit construire la belle maison que l’on voit actuellement au milieu du grand parc. C’est certainement à cette époque que l’on vit apparaître un nouveau nom « La Mignonnerie » car le propriétaire n’était pas satisfait d’un nom malaisé à prononcer et en rien évocateur. C’était bien plus mignon ainsi.

La maison Lecourtier :
Vers les années 1920, les habitants de Sainte-Ménehould prirent l’habitude de l’appeler ainsi. Le nouveau propriétaire est Édmond Lecourtier, un riche marchand de bestiaux comme on disait alors. C’était un homme qui comptait dans la cité. Ainsi durant l’occupation il est membre du conseil provisoire en tant que délégué adjoint au côté d’Emile Baillon, auteur d’une histoire de Sainte-Ménehould. Il s’agissait de s’occuper de la réorganisation de la ville. A la libération, les membres de cette structure sont écartés et c’est une nouvelle délégation qui prend en charge la destinée de la ville avec à sa tête Alix Buache, futur maire.
La propriété sera mise à l’honneur le 13 mai 1956 lors d’importantes festivités organisées pour l’inauguration de la statue de Dom Pérignon (Voir notre bulletin n°20 de juillet 2003). Vers midi un déjeuner champêtre était servi par des jeunes filles en costume champenois dans le parc. Les convives purent apprécier un spectacle de variété présenté par Jean Nohain accompagné par l’orchestre réputé de Camille Sauvage.
Au décès d’Édouard, c’est Michel son fils qui hérite du domaine en 1958. Il reprend le négoce de son père. C’est un homme d’un abord facile qui semble préférer les contacts aux joutes politiques. Et pourtant dès 1973, à 44 ans, il part à l’assaut du poste de maire sans succès, se heurtant au maire sortant, Robert Gautier. Mais il eut plus de chance à l’élection cantonale car il fut élu aisément conseiller général en 1985 puis réélu en 1992 et 1998. En 2004, fatigué, il ne se représente pas. Il décèdera quelques années plus tard.
Les trois enfants de Michel Lecourtier, après quelques années d’hésitation décideront de sortir de l’indivision et vendre la propriété à Monsieur Pierre Saupique, géomètre expert.

La Mionnerie :
J’ai donc essayé de percer le mystère qui entoure ce nom, diminutif peut-être de Mignonnerie. Le propriétaire, alors que j’affirme que ce nom n’a pas raison d’être, m’invite à voir deux magnifiques plans de la propriété, l’un intitulé « La Mionnerie », l’autre « La Mignonnerie ». Voilà qui me laisse perplexe. « La Mionnerie » résulterait d’une erreur liée à une inattention. Au vu de la qualité de la calligraphie, il est peu vraisemblable que l’auteur des plans ait fauté de la sorte. Je parle de mes doutes à ces historiens locaux fort modestes mais qui souvent en savent plus que beaucoup. Ils m’incitent à consulter le cadastre napoléonien. Et je vois apparaître « La Mionnerie »" !
Félicitons le nouveau propriétaire qui a su redonner à son domaine le nom que des propriétaires fantaisistes avaient gommé.
François Duboisy

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