Connaissance du Patrimoine Culturel Local
Le Petit Journal
de Sainte-Ménehould
et ses voisins d'Argonne
Edition régulière d'un bulletin traitant de l'histoire, des coutumes et de l'actualité.

LE MUSEE-BIBLIOTHEQUE DE SAINTE-MENEHOULD : UN PROJET AU CŒUR DU PATRIMOINE

jeudi 25 mai 2006, par Sylvain Druet


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Une démarche scientifique au cœur du Musée

Afin de compléter l’inventaire, en vue de proposer aux publics des présentations et animations didactiques, un travail de recherche préalable est fondamental.
Les recherches sur l’hôtel Viard-Morel ont permis de retracer, des origines à nos jours, l’histoire des propriétaires et de l’évolution intérieure du bâtiment. L’hôtel Viard Morel est indissociable de l’histoire de la famille Mathieu de Vienne. Jean Mathieu (1677-1754), suivant les plans de l’architecte Philippe de la Force, dirige la reconstruction de la ville de Sainte-Ménehould, après l’incendie de 1719. Le musée aujourd’hui, autrefois hôtel particulier, est symboliquement la première maison reconstruite après l’incendie de 1719 sur la future place Louis XV. Elle abritera trois générations de Mathieu. Jean Mathieu (1677-1754), Jean-Baptiste Mathieu (1718-1786), qui succède à son père à la charge de Subdélégué (1754-1772). Ce dernier, marié à Louise Dubant, transmettra l’hôtel particulier à son fils aîné Jean-Baptiste (1765-1837), anobli en 1815. Pendant ces trois générations, l’édifice n’a pas subi de modification. A partir de 1839 et la succession des propriétaires (Rouyer en 1839, Jacquesson en 1857, Viard Morel en 1883) des aménagements sont apportés. Les espaces du rez-de-chaussée sont redistribués par la création du couloir d’accès au jardin entraînant la division du salon et de la salle à manger (ancienne réserve du fonds ancien, salle des trophées de chasse). L’architecture et la décoration intérieure, en raison des faibles remaniements, ont majoritairement gardé leur intégrité XVIIIe. En tenant compte de ces éléments, la restauration du bâtiment s’oriente vers la restitution et la mise de valeur de l’état XVIIIe. Si l’évocation des anciens propriétaires donateurs (Mathieu et Viard-Morel en 1907) et de la fonction du bâtiment trouve naturellement sa place dans le futur musée, la valeur patrimoniale et architecturale ne peut être négligée.
Construit en couches alternées de gaize et briques, dominé par un toit à la Mansard, prolongé ultérieurement par des ailes, cet hôtel particulier est un exemple typique du patrimoine architectural ménehildien XVIIIe. Restaurer les espaces XVIIIe, les boiseries et planchers, donnera aux visiteurs l’occasion de cheminer, le temps d’un passage, dans un intérieur qui compose encore aujourd’hui de nombreuses maisons privées ménehildiennes.
L’inventaire des biens de Jean Mathieu, en 1754, outre la division spatiale du bâtiment, nous renseigne sur le contenu de sa bibliothèque et permet d’établir des liens avec le fond de la bibliothèque actuelle. On retrouve parmi les livres du fonds ancien : le « dictionnaire de Moreri », « l’histoire de Louis XIII », la « géographie ancienne », « Etat de la France de Boulainvilliers » (1752), le « Code militaire » (1728), l’ « Histoire des empereurs romains » (1749-1754)… Ce ne sont que quelques exemples.
D’autres donateurs illustres témoignent de la transmission de ce patrimoine livresque. Citons parmi-eux, Charles Buirette, chirurgien à Sainte-Ménehould au XVIIIe, Camille Margaine, ancien maire (1876-1883), Pierre Collet, membre de la société géologique de France (fin XIXe).
Dans le cadre de la synergie entre les fonds du musée et de la bibliothèque, les ouvrages de l’édition originale de l’Encyclopédie Diderot et d’Alembert ou ceux de l’Encyclopédie méthodique de Panckouke, par exemple, pourront être présentés en parallèle avec les objets du Musée. Pensons aux planches de ces ouvrages consacrés aux arts céramiques et aux matériels de l’un des derniers potiers d’Argonne, M. Choppin de Froidos. De nombreuses passerelles sont possibles pour faire fonctionner les interrelations et animer de manière régulière la vie du musée. Les collections de paléontologie trouveront leurs correspondances avec les gravures des volumes de la paléontologie française. Les « portraits de religieux » de l’hôpital de Sainte-Ménehould, « Le martyr de St Laurent » provenant de l’Eglise du Château, s’accompagneront du « Livre pour l’office de Sainte-Ménehould » (1822), du « Supplément du graduel de Châlons » provenant de l’abbaye de Chatrice (1780) ou d’autres ouvrages richement illustrés. Les statues d’Art sacré complèteront cet ensemble : le « Buste de femme en prière » (Pierre polychrome ; XIV-XVe siècle), Corps de religieux ou de Saint (Pierre – non daté), Statue de St Nicolas (bois polychrome – XVe), Statue de Vierge à l’enfant (bois polychrome – XVIIe siècle). Le mobilier de l’Hôpital (ancien sceau, tableaux, mobilier, statue), des ouvrages anciens dispersés sur Sainte-Ménehould seront rassemblés et sauvegardés. Nous attendons également des prêts d’autres musées.

Le célèbre tableau du « Vœu de Louis XIII », où Louis XIII et Richelieu agenouillés prient la Vierge (Sainte-Ménehould ?), couronnée par des anges sous le regard de Dieu le Père sur fond de ville de Sainte-Ménehould (inspirée sans doute des gravures de Tassin, 1634) afin de donner au Royaume un descendant peut être rapproché de nombreuses productions d’ex-voto de la même période et notamment de celui du « Vœu de Nancy », conservé au musée des Cordelier (Nancy). Les flèches brisées par Dieu, symbolique fréquemment utilisée pour signifier la fin d’un fléau, peuvent donner ici un tout un autre sens : prière de remerciement pour la fin de la peste, qui fait sa réapparition dans ces années 1630-1635 et attestée à Sainte- Ménehould en 1632, comme le souligne Buirette. Des perspectives sont ouvertes et la recherche continue…

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