Voilà une histoire que l’on se racontait à la veillée et que Georges Lionnais a mis en page. Et cette histoire-là, un peu grivoise, tombée dans l’oubli, méritait bien d’être racontée à nouveau à nos lecteurs.
À l’époque de l’histoire, chaque maison avait sa cheminée pour se chauffer, faire à manger, utiliser les braises pour le fer à repasser ou la bassinoire qui réchauffait le lit. Ce texte nous renseigne aussi sur la vie de l’époque : on allait couper au bois…. une belle ramonette pour ramoner la cheminée.
Comme v’la l’année qui s’en va, l’Médé Raulin, note maire, avec son adjoint, l’Ugène Ponsignon et enco l’Victor Richard, garde champêtre, ont fait, l’aute dimanche, à la vesprée, la visite annuelle des cheminées du village.
Le Philogène a tambouriné, quéqu’jours avant, pour annoncer que les autorités « passeraient la revue » des fours et des cheminées d’la commune. Alorse, tout un chacun a eu l’temps d’aller couper au bois une belle ramonette, bien droite ; d’la passer et r’passer dans l’noir conduit, pou faire tomber la suie.
Les v’là qui entrent chez l’Pierre Petitjean, l’ancien racaillouneux d’toits qui est remarié avec la Sandrine Beausoleil, v’savez bien ? Les deux pauv’vieux r’serraient d’près l’culot du feu, allez !
L’Pierre qui n’y voit autant dire plmus, à cause de sa cataraque, a étendu sa main tremblante au d’sus d’ses yeux, pou t’connaître les arrivants.
- Ah ! bonjour ! fait la sandrine. Vous v’nez deun réclamer des sous pou « la Caisse » ? Enfin puisquil’faut ! Colmbien qu’nous donnieuns d’habitute ?
Le maire consulte ses paperasses :
- Vous versiez 26 francs, sur le tout !
Avant d’sortir, l’Ugène Ponsignon, qui est un vieux conteur de gaudrioles, dit comme ça au garde-champêtre :
- Eh bin ! Victor ! Tu n’rouâtes-mi la ch’minaïe, pou voir si elle est ramonée ?
Lorsse, les v’là tous partis à rire !
- La ramonette ne va pu ! répond l’Pierre.
- Faut aller quéri l’voisin ! propose le Victor.
Et la Sandrine riait, riait, jamais d’la vie !
- On fait c’qu’on peut, numez Pierre ! conclut le maire.
Aux voisins maintenant !
La joyeuse tournée continue ainsi de foyer en foyer, cependant que la bise de décembre cingle, sans pitié, de ses mille lanières cruelles, le visage des autorités.
Plusieurs jeunes ménages sont, en cours de route, vertement blagués par l’Ugène, qui vous les tourne sans avoir l’air de rien, le bougre.
Ainsi, s’adressant enco au garde-chamêtre, il dit, chez l’François Sânne, tout naturellement marié avec la blonde Babette :
- Peine inutile de r’garder la ch’minée, va, Victor, faudrait pu tôt verbaliser, passe qu’elle est ramonée trop souvent !
Georges Lionnais