Connaissance du Patrimoine Culturel Local
Le Petit Journal
de Sainte-Ménehould
et ses voisins d'Argonne
Edition régulière d'un bulletin traitant de l'histoire, des coutumes et de l'actualité.


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Un mort ressuscité !

   par Jean Vigouroux



La lecture des ouvrages anciens réserve parfois des surprises ! Voici un extrait de « Mosaïque historique, littéraire et politique », ouvrage de J. Duchaulchoy paru en 1818 (nous avons laissé volontairement les imprécisions et l’orthographe de jadis) :

« Etienne Sanguet, maréchal-ferrant de la commune de Charmontois-sur-Aisne, département de la Marne, était tombé en léthargie, à l’âge de 79 à 80 ans, et ne donnant plus, depuis beaucoup de temps, aucun signe de vie, ses enfans et tous ses parens le crurent mort ; ils le firent ensevelir et commandèrent sa bière et ses funérailles.
En attendant cette triste cérémonie, on préparait à dîner pour toute la famille convoquée et rassemblée ; mais au moment où on allait se mettre à table, des hommes ayant voulu placer Sanguet dans le cercueil, la violence qu’ils firent à son corps assoupi pour lui faire prendre les dimensions de cette nouvelle habitation, le réveilla en sursaut, et se voyant enveloppé d’un linceuil, et comprimé entre des planches, il cria, demandant ce que signifiait tout cet attirail et ce mouvement-là. Non moins étonnés d’entendre parler un homme regardé comme mort, ceux qui l’entouraient se hâtèrent d’appeler la famille ; elle vint lui apprendre l’évènement qui lui était arrivé, et le féliciter de son heureux retour à la vie.
Ce nouvel Épiménide, débarrassé de ses entraves, se leva bien portant, se mit à table avec ses parens assemblés, et profita lui-même au milieu d’eux du dîner qui avait été préparé à l’occasion de ses funérailles. Il a vécu encore quatre ans depuis cet évènement, en parfaite santé, et n’est mort qu’en 1806, laissant par l’exemple de cette résurrection imprévue, une nouvelle preuve qu’il ne faut pas trop se presser d’enterrer ceux qui ne donnent plus aucun signe de vie, puisque les maladies soporeuses sont l’emblème de la mort, sans être la mort même, et qu’ainsi on s’expose à enterrer une personne toute en vie, tant que son corps n’est pas absolument froid ou corrompu. »


La consultation de l’État civil permet de faire quelques corrections à ce récit :
C’est le 15 mai 1812 que Claude Saguet venait déclarer le décès de son père Étienne SAGUET, âgé de 90 ans, demeurant à Charmontois-l’Abbé.
L’auteur de l’article qui avait dû recueillir cette histoire par le bouche à oreille avait donc fait quelques approximations concernant le nom du ressuscité et la date de sa mort, comme quoi il faut toujours vérifier les sources dans un article historique. L’histoire, par contre, est probablement véridique d’où la taphophobie de certains.
Notes : Charmontois-sur-Aisne : ancien nom de Charmontois-le-Roi au moment de la Révolution Française.
Épiménide : ancien poète crétois qui, selon la légende, aurait été en sommeil durant 57 ans.


Jean VIGOUROUX

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