Connaissance du Patrimoine Culturel Local
Le Petit Journal
de Sainte-Ménehould
et ses voisins d'Argonne
Edition régulière d'un bulletin traitant de l'histoire, des coutumes et de l'actualité.


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De drôles de Ménéhildiens et un aubergiste farceur.



Gomez Carrillo arrive à Sainte-Ménehould et est très étonné, voire choqué de voir une ville animée et gaie en temps de guerre.

"Une demi-heure après, en arrivant à Sainte-Ménehould, nous conservons encore la vision navrante du village (Auve) incendié et de la femme démente. La gaieté des rues, l’animation des gens, la curiosité vive des enfants nous choquent ainsi qu’un sacrilège. Comment peuvent-ils rire ainsi, alors qu’il existe à quelques kilomètres un tableau si déchirant ? Les habitants de la ville ne paraissent pas même s’apercevoir de la tragédie des alentours. Orgueilleux de leur renom rabelaisien, on observe qu’ils ont une coquetterie traditionnelle à vivre comme les mousquetaires d’antan, en buvant, mangeant et chantant, au rythme du canon. Que de fois, à travers les siècles, cette ville a été occupée et reprise héroïquement ? Toutes les guerres et toutes les révolutions ont laissé des traces dans ses murs. Les Espagnols vinrent ici avant les Prussiens. Mais rien, jamais, n’a pu enlever à la ville l’appétit et la gaieté. À l’hôtel où nous nous arrêtons pour manger, l’aubergiste nous raconte les bonnes farces qu’il joua aux Allemands en septembre. Car les allemands, naturellement, montrèrent ici comme partout un appétit et une soif insatiables.
- À mes vieilles bouteilles, nous dit-il, j’apposai des étiquettes de vinaigre, et ainsi, ils ne me les burent pas.
Mais le plus fort et le plus joli, c’est la farce des chromos [1].
- Voyez ces images, s’écrie-t-il en nous montrant une série de gravures du dix-huitième siècle, charmantes de malice galante, de grâce ironique et d’élégance française. Lorsque les Boches arrivèrent, j’eus peur qu’ils ne les enlevassent, car ils emportent tout, et, comme je n’avais pas le temps de les cacher, j’imaginai une supercherie. Je courus au bazar et j’achetai vingt chromos représentant des scènes grossières de moines et marmitons au fond de gargotes flamandes. Lorsque les Boches les virent pendus, ils s’empressèrent de les mettre dans leurs sacs et dédaignèrent les pâles estampes."

Le journaliste espagnol parle des envahisseurs : Espagnols ? Prussiens ? Il oublie les Anglais (guerre de 100 ans) et même les Russes en 1814 (abdication de Napoléon).
Sainte-Ménehould était pendant la Grande guerre mondiale une ville hôpital, une ville à 20 km du front où le Poilu venait se reposer. Alors on peut comprendre que ces combattants, venant de la Gruerie notamment, avaient envie de passer à autre chose, à se distraire, à boire et manger dans de meilleures conditions que celles des tranchées.

Notes

[1Les chromos, abréviation de chromolithographies, étaient des images colorées et ludiques en vogue de 1870 à 1920.

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Sainte-Ménehould et ses voisins d'Argonne
Association déclarée le 06 février 1998
Siège social : Hôtel de ville
B.P. 97- 51801 Sainte-Ménehould