Pour rejoindre la forêt domaniale des Hauts Bâtis, il nous faut gravir le massif de gaize situé entre les vallées de la Biesme et de l’Aisne. De Vienne-le-Château une route nous amène un peu plus loin que la Placardelle. Une route forestière non goudronnée prend la suite et marque l’une des entrées de la forêt domaniale des Hauts Bâtis. Celle-ci traverse dans sa longueur le massif forestier jusqu’à Florent-en-Argonne. L’autre entrée est celle par la route forestière des Marotines à proximité de Vienne-la-Ville.
Le périmètre de cette forêt est issu de batailles juridiques qui commencent dès le XIIIe siècle. L’origine, semble-t-il, est une donation des moines de Moiremont en 1200. Un procès long de cinq siècles va alors naître entre quatre villages, la Neuville-au-Pont, Maffrécourt, Moiremont et Florent-en-Argonne contre Gratien d’Aguerre, propriétaire de la seigneurie de Vienne-le-Château et le procureur du roi [1]
Le domaine forestier des Hauts Bâtis est ainsi démembré en deux parties, les Petits Bâtis et les Hauts Bâtis. Les Petits Bâtis deviennent des bois en indivision et les Hauts Bâtis se destinent à être une forêt domaniale. La voie romaine ou chemin Verdunois va en partie remplir le rôle de limite forestière entre ces deux parcellaires. Les moines de Lachalade détiennent eux les parcelles situées à l’Allemont et au Wachelet. Celles-ci seront également rattachées à la forêt domaniale. Une contestation surgit lors de la création de la forêt domaniale entre l’Etat et les quatre villages déjà cités, s’ajoutent Saint-Thomas-en-Argonne, Vienne-le-Ville et Vienne-le-Château pour des droits d’usage. Cet autre procès dure 15 ans pour s’achever en 1818. [2]
Durant la Première guerre mondiale, la forêt domaniale des Hauts Bâtis sert de camp de repos.
L’un à la Croix Gentin, où se trouve actuellement la maison forestière éponyme, est visité par le prince Alexandre de Serbie et le président de la République Raymond Poincaré le 24 mars 1916. Le 30 mars, c’est au tour du général Cadorna et des officiers italiens de visiter le camp, accompagnés du général Joffre et du général Humbert.
Actuellement, la forêt domaniale des Hauts Bâtis a une superficie de 865 hectares sur deux communes, Vienne-le-Château
et Florent-en-Argonne. Elle est composée en partie de chênes (60%) et de hêtres (28%). [3]
Le traitement sylvicole est majoritairement réalisé en futaie régulière, 50 hectares sont en futaie irrégulière. Comme indiqué sur un panneau d’information, des investissements sont réalisés de la part de l’Etat et de l’Union européenne pour le renouvellement forestier dans le cadre de la lutte contre les effets du changement climatique.
De profonds gorgeons entaillent la surface du
plateau d’où s’écoulent les ruisseaux des Marotines, des Emerlots, des Eroniers sur le versant de l’Aisne et ceux de Bocofontaine et d’autres rus sur le versant de la Biesme.

Dans cette forêt, se trouve le chêne Giraut, l’un des arbres remarquables d’Argonne. Il s’élance à 34 mètres de hauteur, à 1,30m du sol sa circonférence atteint 5,75m pour un diamètre de 1,83m. Juste à côté, pousse un chêne homonyme (avec un d à la fin) planté par Claude Giraud en avril 2013. La maison de Champagne a en effet signé un partenariat avec l’ONF pour la plantation de milliers de chênes. [4] Henri Giraud Ces chênes d’Argonne servant à la réalisation de tonneaux sont ainsi mis à l’honneur avec la prestigieuse cuvée « Argonne ».
La forêt domaniale de Rohais est une petite unité forestière de 152 hectares entre Sainte-Ménehould et Florent-en-Argonne. Elle est enclavée dans la forêt de Valmy et coupée par la route D85. La plupart des parcelles sont sur le finage de Chaudefontaine dont la particularité est d’avoir une excroissance s’étirant à l’Est, excentrée et éloignée du village. Plusieurs plans du XVIIIème siècle dont l’un figuratif des bois indivis entre le Collège de l’Université de Reims et la commune de Chaudefontaine est daté de 1791 montre précisément ce parcellaire. En 1793, le Collège de l’Université (administration religieuse) est dissout laissant supposer le versement des parcelles au domaine de l’Etat. Un autre plan daté de 1821 nomme effectivement sur cette section cadastrale, d’un côté « les Bois » et de l’autre « Roés » avec les contours bien identifiés de la forêt domaniale de Rohais d’aujourd’hui.
Les chênes sessiles ou pédonculés représentent 80% du boisement complété par des hêtres et un faible pourcentage de résineux. Dans son document d’aménagement, l’ONF prévoit le traitement sylvicole d’une centaine d’hectares en futaie régulière et le reste en futaie irrégulière notamment sur les parcelles exposées au Sud proche des affleurements de gaize. Il est noté également des travaux toujours en cours de reconstitution suite à la tempête de 1999 qui a fortement endommagé certaines parcelles de cette forêt. [5]

La forêt domaniale de Rohais est bordée de deux charmants vallons aux versants pentus où s’écoulent les ruisseaux du Sougniat et du Roés. Ceux-ci sont parcourus par des chemins assez empruntés.
Jean-Louis Le Hingrat
Notes
[1] Bibliographie :
Jean-Claude Léger, Histoire de la Neuville-au-Pont, Ed. Dominique Guéniot, p. 275 à 281.
[2] Jean-Claude Léger, Histoire de la Neuville-au-Pont, Ed. Dominique Guéniot, p. 275 à 281
[3] Document ONF, fiche de synthèse de l’aménagement : HAUTS-BÂTIS, Edition du 05/11/2013
[4] Forêt d’Argonne : 45.000 chênes replantés grâce à l’Opération ONF / Champagne
[5] Document ONF, Aménagement de la forêt domaniale de Rohais
Chaudefontaine (51139). Section C1 échelle 1/5000, plan napoléonien sans date (copie du plan napoléonien), plan non régulier (papier)1756 W 50/2Archives départementales de la Marne
Croix Gentin, imagesdefense.gouv.fr