C’était au début du XXe siècle, à l’époque où les jardins potagers étaient nombreux et les maraudeurs aussi. Le journaliste rapporte des larcins, essentiellement de vols de légumes : des poireaux, ou comme on l’a vu dans d’autres articles, des choux, des salades… Les malfaiteurs devaient avoir faim ou alors ces légumes coûtaient cher.
« Il y a peu de temps, nous relations un vol de poireaux au lieu-dit »Rauvaux", au préjudice de M. Bry Herbillon.

Dans le même moment, un vol semblable était aussi commis au préjudice de M. Delaval. Cette fois, cela a été le tour de M. Pointud, cafetier, dont le jardin situé à « l’Alléval » a reçu la visite de maraudeurs qui lui ont enlevé 300 poireaux.
Ce vol a été commis dans la nuit de dimanche 30 avril au lundi 1er mai. Il est possible qu’une certaine corrélation existe entre celui-ci et le vol de linge commis la même nuit au préjudice de M. Delsaux, garde-barrière, qui habite à 10 mètres de distance la même contrée et que nous avons relaté dans notre numéro d’hier."
Alors le journaliste en appelle aux voisins ; cela nous fait penser à l’opération « voisins vigilants », sauf que si aujourd’hui le voisin méfiant est armé de son téléphone et de son appareil photo, à cette époque on parlait de citoyens armés.
« Décidemment, les voleurs se paient de toupet et il convient de réagir, mais comment ? Nous n’avons pas de police, et encore moins de crédits pour en organiser une. La loi qui doit protection aux personnes et aux propriétés, de ce fait, devient caduque. Faut-il que les citoyens, armés, s’en aillent à présent monter la garde de leurs propriétés ? Sans pessimisme aucun, et en présence de cette situation, on peut conclure que si nous n’en sommes pas encore à ce point là, avec la mentalité nouvelle qui se développe de jour en jour, nous y allons lentement mais… sûrement. Si nous n’avons pas le moyen de nous payer une police, faisons appel au bon vouloir de citoyens honnêtes qui, armés et assermentés, auront le droit de contrôle. »
Le journaliste parle même de fouiller les sacs et les brouettes… nos voisins vigilants n’ont pas le droit de fouiller le coffre des voitures.
« De cette façon, nous l’avons déjà dit dans ce journal, les maraudeurs diminueront dans la crainte de se voir demander partout où ils seront rencontrés, ce que contiennent paniers, sacs ou brouettes, lesquels, la plupart du temps sous quelques poignées d’herbe, dissimulent le produit de ces larcins. »
Les peines de prison étaient pourtant sévères : 40 jours pour une femme à Givry qui avait volé un chou-fleur ; 8 jours pour une dame de Ante qui avait volé un jambon.
A savoir aussi que si on rendait la justice dans une salle de l’hôtel de ville, la prison se trouvait juste derrière. Et si aujourd’hui on parle de justice qui souvent ne serait pas assez ferme, le journaliste, qui signe JM., s’adresse aux magistrats :
« Et vous, magistrats, quand ces maraudeurs on vous amènera, ne les ratez pas ! »
John Jussy