Connaissance du Patrimoine Culturel Local
Le Petit Journal
de Sainte-Ménehould
et ses voisins d'Argonne
Edition régulière d'un bulletin traitant de l'histoire, des coutumes et de l'actualité.


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Mais où était donc passé Jean-Baptiste Drouet ?

   par John Jussy



Drouet, l’homme de Varennes, le régicide, avait connu la gloire, côtoyé Napoléon, était devenu sous-préfet. Au retour de la monarchie avec Louis XVIII, Drouet est devenu un fugitif, mais les premiers jours de sa fuite sont dignes d’un roman policier.

1815 : l’Empire est tombé, la Restauration est là et Drouet est démis de ses fonctions de sous-préfet de Sainte-Ménehould, comme tous les fonctionnaires de l’Empire, et on se met à sa recherche, car Drouet a eu la bonne idée de disparaître. L’ordre de le capturer est daté du 24 octobre 1815 et M. Decaze et sa police mettaient un point d’honneur à arrêter l’homme de Varennes, le régicide.
Un régicide est un homme qui tue un roi, mais celui qui a voté pour la mort d’un roi est aussi considéré comme régicide. Or Drouet, député à la Convention Nationale de septembre 1792 à octobre 1795, était une des 387 personnes (sur 751) à avoir voté la mort de Louis XVI. La peine était le bannissement du royaume.
Drouet n’était pas le seul à subir la Restauration. Son fils, Claude-François, fervent de Napoléon, qui commandait la compagnie de gendarmerie de la Sarthe, quitta son poste du Mans et vint à Paris se cacher chez des amis. Arrêté, il dit ne pas savoir où est Drouet. En fait, il était en mauvais termes avec son père.
Drouet est allé à Paris quand il a appris que Napoléon était rentré de l’île d’Elbe. Il devient à nouveau député à la chambre des cent jours. Sa femme, Jeanne Lebel était morte en 1802 ; Drouet vivait alors avec Christine Macker, la dame qui avait divorcé (en 1803) d’un médecin de Sainte-Ménehould, le docteur Normand, et qui était allée à Paris pour rejoindre Drouet, son amant de Sainte-Ménehould.. Le médecin, on s’en doute, mettait lui aussi beaucoup d’ardeur à retrouver le fugitif.

Dans le livret « Jean-Baptiste Drouet », Raymond Charles raconte :
« Après la défaite de Waterloo, Drouet se confine dans une cachette qu’il a fait aménager dans son logement… Un matin de la fin 1815, Drouet quitte Paris pour Saint-Denis déguisé en charretier… »
Georges Lenôtre va raconter cet épisode avec beaucoup plus de détails, déjà dans le journal « Le Temps » en 1902 dans la rubrique « Chroniques de petite histoire », puis dans son livre « Le drame de Varennes » en 1905.
« On avait cru le prendre rue des Fossés-Saint Marcel, n°31… Mais on ne trouva que Victor Auguste Drouet, son plus jeune fils, qui déclara ne pas savoir ce qu’était devenu son père. »

À la fin de 1815, la préfecture de police, la police militaire, les préfets et les sous-préfets, toutes les brigades de gendarmerie, tous se mettent à la recherche du fugitif. Et c’est là que cela devient cocasse :
« Diverses dénonciations disaient Drouet réfugié à Bar, chez ses parentes, les demoiselles Le Bel, ou chez son ancien collègue Courtois, à Rambluzin. On le chercha ensuite à Triaucourt, à Vavincourt, à Lavoye, à Vienne-la-Ville, à Courupt, au Neufour, au Bois d’Epense. Traquer Drouet était devenu un sport national. »
Pierre Nézelof donne une version romancée des faits.
Concernant le collègue Courtois : « Le 9 janvier 1816, à 6 heures du matin, une véritable troupe cerne la maison de l’ex-conventionnel, … vingt cinq sous-officiers et gendarmes sont là, prêts à s’illustrer. L’assaut est donné, la maison est fouillée et retournée, point de Courtois. Quant à Drouet, il s’est évaporé. »
Et pour Triaucourt : « Le 4 décembre, le préfet de la Meuse envoie à Triaucourt deux gendarmes, déguisés, qui reviennent bredouilles. »
Les paysans s’amusaient, surtout ceux qui étaient encore bonapartistes, et dénonçaient à tour de bras.
Nézelof continue :
« On rapporte aux gendarmes que Drouet pourrait bien se cacher dans l’ancienne abbaye de Beaulieu où il y a des souterrains immenses et très sains. Pendant la nuit du 15 mars, un lieutenant et deux brigades de gendarmerie encerclent l’abbaye. Au matin, armés de torches, la troupe sonde le saint domaine jusqu’au fond des caveaux où vieillissaient jadis de vénérables bouteilles. Drouet, une fois de plus, y brille par son absence »

À Paris, Decaze s’impatiente. L’arrestation de Drouet est devenue une affaire d’état.
Mais plus drôle encore est une déclaration d’un bûcheron :
«  Un jour, la femme Belval-Piesvaux pénètre en grand mystère dans la gendarmerie de Sainte-Ménehould. Une heure plus tard, M. de Chamisso (le nouveau sous-préfet) accourt et presque aussitôt on sonne le boute-selle… La bûcheronne a raconté qu’elle sait où se terre Drouet, dans une cabane au fond des bois du côté de Clermont. »
Georges Lenôtre raconte : « Quand la troupe eut, pendant douze jours, gardé le blocus devant cette hutte, la femme avoua, sans vergogne (pour Nézelof, elle s’esclaffe bruyamment, les mains aux côtes) qu’elle avait reçu vingt francs de Drouet-Fumier (le frère aîné de Drouet) pour jouer ce tour aux agents de la force publique. »
Inutile de dire, quand tout le pays fut au courant, que les habitants avaient le sourire.

Comme l’a écrit G. Benoit-Guyod dans son livre « Qu’est devenu Drouet, » : « Le glissement de l’action policière vers la région de l’Argonne eut pour effet de relâcher les recherches à Paris et de faciliter le départ de Drouet. »
De plus, quand les gendarmes traquent Drouet, les voleurs et les bandits de grand chemin en profitent pour sévir tranquillement. On voyait Drouet partout, même à Brest, à Bouillon, et jusqu’en Russie.
Une question se pose : les dénonciateurs disaient-ils vrai ou s’amusaient-ils ? Georges Clause, dans le livret « Jean-Baptiste Drouet » a écrit :
« On parle de »chasse à l’homme. En fait il se pourrait que, presque seul, le médecin Normand ait été acharné à la capture de l’ancien sous-préfet…. Le sous-préfet Chamisso, mal vu de la population, pourrait avoir pensé que la capture de son prédécesseur lui serait plus préjudiciable qu’utile… Drouet avait assez d’amis pour gagner du temps, changer d’identité et gagner le sud de la France."

Comment cela finit-il ? Georges Lenôtre raconte :
« Enfin, on apprit, par un respectable prêtre de Nancy, l’abbé Dégrelette, qu’une sœur de Drouet, religieuse de Saint-Charles, avait avoué que l’ancien conventionnel était mort à Sainte-Ménehould, dans une maison qu’elle ne pouvait pas désigner, et qu’il avait été enterré dans une cave. »

Cela arrangeait tout le monde, l’honneur de la police était sauf, l’affaire fut classée, même si des doutes subsistaient. On le sait, Drouet était toujours vivant. Il avait un passeport au nom de Lebel, puis un autre au nom de Maëgresse, et il travailla à Saint-Denis comme valet d’écurie chez un entrepreneur de convois militaires. Il était, comme Louis XVI, déguisé, mais cette fois en charretier.

Note : On pourrait célébrer, le 11 avril, l’anniversaire de la mort de Jean-Baptiste Drouet !

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