Drouet, maître de poste, devint « l’homme de Varennes ». Si la ville de Sainte-Ménehould est entrée dans l’histoire, il n’en est pas de même pour Clermont-en-Argonne qui est restée dans l’anonymat ; et pourtant…
Soirée de juin 1791 : la famille royale en fuite suit la ligne Paris Francfort des relais de poste. Après Sainte-Ménehould, le relais suivant est Clermont-en-Argonne.
À Sainte-Ménehould il y a les dragons, des soldats censés attendre un convoi contenant un trésor et l’accompagner. À Clermont, il y a aussi 150 dragons avec leur chef, le colonel Damas.
Comme à Sainte-Ménehould, le peuple était inquiet. Déjà un courrier était passé au relais de poste et avait demandé 11 chevaux pour des voitures qui allaient arriver. Cet homme avait remis « deux louis dans la main », une générosité qui avait bien étonné. Ce courrier, c’était Valory, un cavalier qui précédait les voitures et alertait les postes aux chevaux, un bon moyen pour gagner du temps.
Les voitures arrivèrent enfin vers neuf heures trente, on changea les chevaux, en 10 minutes, un record, mais on était pressé. Cependant beaucoup de Clermontois observaient la scène…
Et voilà encore une erreur : Jean-Pierre Perrin dans son livre « La machination » raconte :

« Au moment où le postillon monte en selle, Damas s’approche de la berline et chacun le voit saluer en portant à plusieurs reprises la main à son bonnet. La dame à qui il s’adresse avec les plus grandes marques de respect paraît lui donner des ordres ».
Le cocher crie au postillon « route de Varennes ». Ce changement de direction étonna les témoins. Raulin, le postillon l’entendit et c’est en repartant vers Sainte-Ménehould qu’il rencontra Drouet.
L’inquiétude gagnait de plus en plus le peuple. Le colonel Damas donna l’ordre aux dragons de monter à cheval. Un récit dit : « les porte-manteaux avaient été faits de jour, ce qui avait inquiété les citoyens. » Ce terme de porte-manteaux désignait à l’époque une sorte de sacoche en cuir… Mais les dragons furent si lents à attacher leurs sacoches que la garde nationale arriva en armes. Les soldats avaient-ils l’intention de désobéir à leur chef ?
Le maire interpella alors l’officier :
" - Votre départ précipité alarme les citoyens. On dit que vous favorisez l’évasion de la reine. Si cela est, nous nous opposons à votre départ, si cela n’est pas, vous partirez au jour, il sera temps… Nous sommes près de 300 très décidés à ne point vous laisser partir.
- Je n’ai point d’ordre à recevoir de la municipalité, répondit Damas en colère, j’obéis à des ordres supérieurs… M. de Bouillé m’ordonne de me transporter à Varennes."
Le colonel commanda le départ, mais le maire le met en joue :
« - Si tu avances, je te tue ! »
Le colonel mit pied à terre, fit semblant de retourner à l’auberge et, accompagné de deux officiers, partit à bride abattue vers Varennes.
On sonna alors le tocsin, on fit des barrages, on coupa les ponts et… on envoya un garde national avertir les gens de Varennes.
Ce cavalier c’était Laniau. Mais quand il arriva à Varennes pour donner l’alarme, le roi était déjà dans la maison du procureur Sauce. Drouet et Guillaume étaient arrivés.
Le gendarme Laniau aurait pu être l’homme qui a arrêté le roi. Il aurait pu aller à Paris raconter, il aurait pu… Laniau reçut en récompense une somme de 600 livres et resta dans l’anonymat.
John Jussy