Dans le « Dépêche Meusienne » de juillet 1991, Sylver Sole revenait sur un moment tragique et plein d’interrogations de l’Histoire de France : l’arrestation de Louis XVI à Varennes. Mais si les historiens cherchent une cause à cet échec, lenteur excessive, ordres mal donnés, roi distrait, le journaliste donnait une version pour le moins étonnante : la reine sans culotte a provoqué l’arrestation, ou du moins a empêché une possible fuite. La thèse s’appuie d’ailleurs sur des recherches effectuées par l’académicien Jacques Laurent…
On sait qu’à l’époque des rois, les femmes ne portaient pas ce que l’on appelle aujourd’hui la petite culotte. Celle-ci a été inventée en 1918 par Etienne Valton, fils du fondateur de la marque « Petit Bâteau ».
Les dames allaient donc pour la plupart « fesses nues » ; certaines portaient une sorte de caleçon, une invention de Catherine de Médicis (régente du roi Charles IX, fin XVIe siècle), mais c’était surtout pour monter à cheval.
Les femmes montaient en amazone, c’est-à-dire avec les deux jambes du côté gauche du cheval. La selle avait été améliorée avec l’apparition de la fourche supérieure.
Ce 21 juin à Varennes, les dames voyagent dans des voitures hippomobiles. Dans la plus grande voiture, construite spécialement pour le voyage, il y a le roi et trois femmes : la reine Marie Antoinette, madame Elisabeth, la sœur du roi, et la duchesse de Tourzel, la gouvernante. Il y a aussi deux enfants : le dauphin Louis et sa sœur madame Royale. Dans la deuxième voiture, un cabriolet, voyagent les deux femmes de chambre.
A Varennes, suite à l’intervention de Drouet et Guillaume, le pont sur la rivière est barricadé ; sur l’autre rive attendent les soldats de Bouillé. Mais c’est la Révolution, le peuple est en alerte et la famille royale est « consignée » chez l’épicier Sauce, un peu avant le fameux pont.
La fuite est-elle possible ? Sur le pont, on ne passe pas en voiture, mais à pied.
André Foucault dans son livre « La fuite du roi » (1932) :
« Et le devoir de Deslon (chef d’escadron de hussards) dans l’esprit du roi, était d’attendre M. de Bouillé… Enlever la famille royale, non plus en voiture mais à cheval, dégager le village par un coup d’audace. »
Mais le roi aurait répondu :
« M’assurez-vous que, dans ce passage en force, aucun des miens ne sera atteint par une balle ? »
Sylver Sole a encore écrit :
« Le hic, ce fut que les chevaux des dragons qui attendaient la famille royale pour l’escorter étaient équipés de selles normales, pas pour chevaucher en amazone. Ces dames eussent donc dû monter à »cru« , la plus charnue de leur charmante personne à même la selle. Ce qui ne se faisait pas, même et surtout pour un postérieur royal ! »
Alors, manque de courage du roi qui aurait dit : « Je suis prisonnier, je n’ai plus d’ordres à donner » ou alerte de la reine qui chuchote qu’elle n’a pas de culotte ?
Après la caricature d’un Louis XVI prenant du retard car, gourmand, il se serait arrêté pour manger un pied de cochon, voilà une plaisante version de la fuite à Varennes.
Mais au début de son article Sylver Sole prévient :
« Point d’affirmation perverse dans cette affirmation. Point de connotation coquine, ni de remarque égrillarde. Autre temps, autres mœurs. »
Document retrouvé par Roger Berdold, mise en page de John Jussy.
