---------Mais rappelons d’abord une anecdote : en 1924, une nuit, un incendie embrasa le hangar qui couvrait le parc à charbon situé entre les deux gazomètres et l’usine. Mon père, alerté se rendit rapidement sur place pour constater que tous les voisins se sauvaient et que les pompiers n’osaient pas approcher. Après avoir expliqué qu’il n’y avait pas de danger, il dut monter sur un gazomètre pour décider les pompiers à éteindre le sinistre.
---------En Août 1924, il est décidé de nommer des experts, la Société d’Energie Electrique de l’Est et la Ville nomment chacune deux experts qui vont étudier l’indemnité que recevra Energie Electrique de l’Est quand la concession sera fermée. Il y a déjà, en conseil de préfecture, un rapport d’experts sur les dommages de guerre. Il faut ajouter que suivant ce rapport, la Ville doit racheter à la Société tout le réseau électrique qui a été construit et qui, dans le texte de concession devait revenir à la ville si la concession avait duré 45 ans. Cette concession, commencée en 1907, va se terminer le 1er Mars 1925. A partir de cette date, la Ville remet en adjudication la concession avec un nouveau contrat : la Ville sera alors propriétaire de l’ensemble. En effet, elle n’était auparavant, avec Energie Electrique de l’Est, propriétaire que de l’usine à gaz et de son réseau, mais n’avait pas la propriété de l’usine électrique, du matériel de production électrique et du réseau de distribution, y compris les compteurs des particuliers.
---------En 1925, la concession fut remise en adjudication. Monsieur Marcel Vasset, industriel briquetier à Sainte-Ménehould, qui a soumissionné en concurrence avec monsieur Degrandrupt des Islettes remporta l’adjudication et fut donc reçu comme nouveau concessionnaire. Nous allons voir que le réseau électrique rénové permit alors l’allumage automatique des réverbères. Le gaz servait maintenant à la cuisine, à chauffer l’eau des salles de bain et au chauffage des locaux par radiateurs. Dès le mois de Décembre 1925, on s’aperçoit que le réseau électrique est insuffisant pour la charge qui est demandée. De plus en plus, on installe des lampes, de plus en plus il y a des moteurs, de plus en plus, on consomme du courant. Il faut donc augmenter le diamètre des fils, c’est-à-dire, déposer les fils existants et les remplacer par des plus gros. Ce travail est à la charge de la ville qui est propriétaire du réseau. Tous les fils de 40 ou 50 dixièmes sont remplacés par des câbles qui font du 50 millimètres-carrés de section. C’est un travail important qui est réalisé par des ouvriers spécialisés et la Ville en a en gros pour plus de 50000 francs. On profite de l’occasion pour passer également ce qu’on appelle des « lignes pilotes » pour commander l’éclairage public. Alors, dans chaque poste transformateur, il y avait deux allumeurs automatiques : les allumeurs, à cette époque étaient des allumeurs avec remontage à la main, il fallait tous les quinze jours les remonter, placer les index allumage et extinction en fonction de la tombée de la nuit. Pour la route nationale, on marchait de la tombée de la nuit à minuit et pour les voies secondaires, on marchait de la tombée de la nuit à 22 heures. Il fallait, tous les quinze jours et quelques fois plus, car, à certaines périodes cela change en une semaine, il fallait aller modifier les heures d’allumage et de toutes façons, le remontage. En fin c’était de toutes façons une amélioration, c’était mieux que de faire la tournée avec une perche pour allumer. On peut se rendre compte de la façon dont étaient placés ces fils supplémentaires, il reste encore, tout près de l’Hôtel de Ville, dans la rue Renard, un potelet qui a encore sa garniture, les quatre isolateurs qui supportaient les trois phases et le neutre de la ligne du réseau électrique et, au dessus, un bicorde avec deux isolateurs pour les deux fils qui commandaient l’éclairage public. Après ce travail et après qu’en 1927, une ligne à 30 KV est arrivée à Sainte-Ménehould, venant de Revigny et de la Société Electrique de Marne et Meuse. Monsieur Marcel Vasset et Monsieur Léon Collin font fonctionner le réseau normalement, mais il y a toujours quand même des problèmes de capitaux qui se présentent et donc, Monsieur Vasset cherche un partenaire et le trouve en la personne de Monsieur Grosrenaud qui, je pense, appartenait à l’état-major de l’énergie Electrique de Meuse et Marne.
---------En Mai 1935, Marcel Vasset crée avec le concours de Monsieur Grosrenaud la Société Anonyme Gaz et Electricité de Sainte-Ménehould. On continuera ainsi, cette société exploitant le réseau tel qu’il était jusqu’à la nationalisation de 1947. C’est à cette date que Monsieur Léon Collin prit sa retraite à l’âge de 73 ans. Il avait assuré la direction des trois services pendant 40 ans.

Ce qu’il reste aujourd’hui des batiments.
---------Cette étude a été réalisée et rédigée par Raymond Collin et Michel Bacquias à la demande du Club des seniors de Sainte Ménehould qui nous a autorisé à la publier.
Qu’ils en soient remerciés.