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Le Petit Journal de Sainte-​​ Ménehould et ses voisins d'Argonne
Connaissance du Patrimoine Culturel Local
Le Petit Journal
de Sainte-Ménehould
et ses voisins d'Argonne
Edition régulière d'un bulletin traitant de l'histoire, des coutumes et de l'actualité.

Ma « p’tite Mimi »

lundi 19 février 2007, par Roger Berdold


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Roger Berdold nous transmet cette éton­nante chanson de Théodore Botrel, écrite le 22 octobre 1915 dans une tranchée à La Harazée, près de Vienne le Château.
Vous trou­verez ci-​​dessous le texte, quant à la musique, c’est l’air de « la petite Ton­ki­noise », chanson colo­niale créée par Polin en 1906 (paroles de Christiné, musique de Vincent Scotto) et rendue célèbre par José­phine Baker.
Théodore Botrel, qui a écrit ( cer­tains diraient commis) le texte, est un ancien employé des chemins de fer qui va connaître son heure de gloire lorsqu’un soir, dans un café chantant, il rem­place un chanteur absent et chante au pied levé quelques-​​unes de ses œuvres dont « La Paim­po­laise ». Ce sera la gloire : Mayol mettra cette chanson à son réper­toire et lui sera adulé, tant en France qu’au Canada. Il ne man­quera pas de détrac­teurs qui sou­li­gneront qu’il est ori­gi­naire de la seule partie de la Bre­tagne où l’on ne parle pas Breton, que son œuvre est en Français et qu’il donne du folklore breton de bazar, pro­fitant de la naïveté du public.
Lorsqu’éclate la pre­mière guerre mon­diale, Théodore Botrel a 46 ans. Ce n’est plus un age pour prendre un fusil, même s’il est engagé tout jeune pour 5 ans afin de faire son service mili­taire au 4ème de ligne à Rennes. Pourtant il va reprendre du service. Il sera délégué par Mil­lerand, ministre de la guerre (décision du 30 août 1914) pour se rendre dans les can­ton­ne­ments, casernes, ambu­lances et hôpitaux pour y dire et chanter aux troupes ses poèmes patrio­tiques et ranimer le moral des troupes.
Ainsi naît dans les tran­chées l’inoubliable « Ma p’tite Mimi » qui fut reprise par Pierre Des­proges, qui voyait en elle le summum de la bêtise. A chacun de se faire son opinion sur ce texte ou abondent les allu­sions gri­voises incitant les tirailleurs à trans­férer les pul­sions amou­reuses qu’ils avaient vers leur femme ou leur fiancée sur cette arme meur­trière.
On trouve cette chanson sur des C.D. consacrés aux chants de la grande guerre et on peut l’écouter sur internet : http://​www​.chanson​.udenap​.org/​p​a​r​o​l​e​s​/​m​a​_​m​i​t​r​a​i​l​l​e​u​s​e.htm
Il est à noter que Botrel ne man­quera pas de courage, puisque, engagé volon­taire, chasseur à titre hono­raire de pre­mière classe au 24ème et 68ème bataillon, il par­tagera les risques des poilus, ris­quant sa vie pour leur apporter réconfort. Il sera décoré de la Croix de Guerre (3 cita­tions, une blessure) et de la médaille mili­taire.

Théodore Botrel est décédé en 1925 à Pont Aven.

I
"A la guerre
On n’peut guère
Trouver où placer son cœur,
Et j’avais du vague à l’âme
De vivre ainsi sans p’tite femme,
Quand, l’aut’ s’maine,
J’eus la veine,
D’être nommé mitrailleur.
Ma Mitrailleuse, ô bonheur !
Devint pour moi l’Ame sœur".

Refrain

"Quand ell’ chante à sa manière :
Taratata, taratata, tara­tatère
Ah ! que son refrain m’enchante ;
C’est comme un z’oiseau qui chante !
Je l’appell’ la Glo­rieuse,
Ma p’tite Mimi, ma p’tit’ Mimi, ma Mitrailleuse.
Rosalie me fait les doux yeux,
Mais c’est ell’ que j’aim’ le mieux !"

II
"Plein d’adresse,
Je la graisse,
Je l’astique et la polis,
De sa culasse jolie
A sa p’tit’ gueu-​​gueul’ chérie ;
Puis, habile,
J’ la défile
Et, ten­drement, je lui dis :
"Jusqu’au bout, restons unis
Pour le salut du pays !".

Refrain

 
III
"Quand les Boches
Nous approchent,
Nous com­mençons le concert :
Après un bon « démarrage »
Nous pré­ci­pitons l’ « fau­chage ».
Comm’ des mouches,
Je vous couche
Tous les soldats du Kaiser,
Le nez dans nos fils de fer
Ou les quatre fers en l’air !"

Refrain
IV
"Mais tout passe
Et tout lasse,
Mêm’ la guerre…et, l’un d’ ces jours,
(Ou bien l’un’ de ces années)
Elle sera ter­minée ;
Alors, vite,
L’on se quitte…
Glo­rieuse, ô mes amours !
Nous devrons, à notre tour,
Nous séparer pour tou­jours…"

Dernier Refrain

"Après un’ salve der­nière :
Taratata, taratata, tara­tatère
En te voyant ren­dormie,
Je te dirai : "Chère amie,
Fais dodo, ma Glo­rieuse,
Ma p’tit’ Mimi, ma p’tit’ Mimi, ma Mitrailleuse".
Et des pleurs mouilleront mes yeux
En te faisant mes adieux."
(Tranchée de la Harazée, 22 octobre 1915)

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