« L’Aisne est une rivière de 280 km de longueur, de 330 en la prenant à la source d’un de ses affluents, l’Aire ».
Et ils sont nombreux les auteurs à s’étonner que l’Aire, beaucoup plus longue que l’Aisne, soit un affluent de celle-ci. L’Aire prend en effet sa source très au sud à Saint-Aubin-sur-Aire entre Ligny-en-Barrois et Commercy.
Cela est donc étonnant sauf quand on regarde une carte. L’Aire longe le massif argonnais, passe à quelques kilomètres de Clermont-en-Argonne et s’élance vers le nord. Mais au lieu de continuer vers les Ardennes, la rivière fait un virage à angle droit à Grandpré et se jette dans l’Aisne…
Dans le « Guide de l’Argonne » (C.E.A. 1987), on peut lire : « Caresse-t-elle (l’Aire) aussi le rêve de retrouver ces temps infiniment lointains où elle fut ce fleuve fougueux qui, par les actuelles vallées de la Bar et de la Meuse, défonçait le massif de l’Ardenne. Langoureuse et volontiers paresseuse, l’Aire préfère, au niveau de Grandpré, entailler gentiment la pointe septentrionale du massif pour offrir sa tendresse argonnaise à l’Aisne… »
Voilà qui est bien dit et on apprend aussi que les géographes appellent cela « un phénomène de capture ». Il en résulte aussi un défilé, une voie de passage transversale qui un jour est entré dans l’Histoire. C’est par ce défilé que les armées prussiennes, après s’être heurtées à la Côte de Biesme, sont passées pour foncer sur Paris dans l’espoir de délivrer Louis XVI.
Mais il y eut Valmy.
