Gaspiller l’argent public, on l’a déjà montré, n’est pas l’apanage de nos sociétés modernes. Petit retour dans l’histoire de Clermont-en-Argonne où en moins de deux ans on a construit et on a démoli…
Au XVIIe siècle Clermont possédait une immense forteresse construite à partir de 1214 par le comte de Bar Henri II. En 1632, le
Clermontois revenait au roi Louis XIV qui était allé en Lorraine faire la guerre au roi Charles IV. Puis Mazarin donna cette région en 1648 au Grand Condé, alors un des grands serviteurs du royaume.
En 1652, le Grand Condé qui avait rejoint les frondeurs en révolte contre Mazarin et la régente Anne d’Autriche, avait attaqué et pris la forteresse de Sainte-Ménehould. Il y avait parmi les soldats de Condé un certain Sébastien le Prestre, le futur Vauban.
C’est à cette date qu’on fit au château de Clermont de grands travaux : les remparts, les tours, le donjon, tout fut modernisé. On dit même que Vauban aurait participé aux travaux.
Condé craignait certainement l’arrivée des armées du jeune Louis XIV. C’est d’ailleurs ce qui arriva : en novembre 1653, les armées royales reprirent la ville aux frondeurs, et le jeune Sébastien le Prestre avait changé de camp en se mettant au service du roi. Et dès juillet 1654 commençait le siège de la forteresse de Clermont. Après de violents combats, la capitulation fut signée le 23 novembre. Et dans les attaquants il y avait… Vauban !
Mazarin décida alors de faire raser les fortifications : les travaux commencèrent en 1655 et durèrent pas moins de 15 ans.
Et voilà comment on gaspille l’argent et la sueur des ouvriers : 1653 on rénove, on améliore, on reconstruit, 1655, on détruit… Malgré tout, on sait que de telles démolitions, comme pour le château de Boncourt ou l’abbaye de Moiremont, sont une réserve de matériaux pour les habitants. Mais comme l’a écrit Charles Aimond, tout cela n’apporta que du malheur : « Longtemps les conséquences de la Fronde et du siège de 1654 se firent sentir à Clermont aux deux tiers ruiné, et obligé d’entretenir quelque temps encore une garnison de 400 hommes. »
Aujourd’hui il ne reste rien de cette immense forteresse, que des images, des croquis, des plans ; dommage pour le tourisme argonnais…