C’était la Grande guerre, et comme chaque fois qu’il y a une guerre, tout augmente. Cela a inspiré Henri Paupette, notre journaliste ménéhildien à la plume facile, qui a écrit cette fantaisie en alexandrins, un peu comme une fable de La Fontaine, avec des animaux qui parlent.
Fantaisie sur la vie chère
En bons voisins de ferme, par un beau jour d’automne
Pendant qu’au vieux clocher l’Angélus carillonne,
Sur la crête d’un mur, en haut de Chaumusson
Deux coqs terminaient leur matinale chanson,
Lorsqu’à leurs pieds passa le bataillon superbe
Des poules qui venaient de picorer dans l’herbe.
C’était, je vous assure, un séduisant sérail ;
Toutes étaient jolies !... La queue en éventail
Des becs faits pour l’amour, la plume parfumée
Les yeux aux reflets d’or, la démarche animée…
"Regarde, dit un coq, celles-ci sont à moi
N’est-ce pas là, voisin, de vrais morceaux du roi ?
Les plus belles couleurs rayonnent sur leur gorge
Ah ! si tu les voyais picorer des grains d’orge !...
Boire dans une fleur la rosée du matin !...
Eh ! bien, malgré cela, je me meurs de chagrin !...
Depuis un certain temps, elles se montrent fières
On ne peut leur parler, tant elles sont sévères !«
»Ah oui, dit l’autre coq, c’est tout comme chez nous
Depuis qu’elles pondent tous leurs œufs à six sous
Que tous leurs œufs sont estimés 10 sous
Et c’est comme ça chez nous."
Le 12 septembre 1906

John Jussy
Sur une idée de Roger Berdold