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	<title>Sainte M&#233;nehould et ses Voisins d'Argonne</title>
	<link>https://www.menouetsesvoisinsdargonne.fr/</link>
	<description>Ce site publie les &#233;ditions r&#233;guli&#232;res d'un bulletin traitant de l'histoire, des coutumes et de l'actualit&#233; de l'Argonne et de ses environs.</description>
	<language>fr</language>
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		<title>T&#233;moignage d'Ida Boniack &#8220; Ksiazenicer.</title>
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		<dc:date>2022-06-28T17:05:00Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Jean Vigouroux, Marie-Christine Vigouroux</dc:creator>


		<dc:subject>1939-1945</dc:subject>
		<dc:subject>D&#233;portation</dc:subject>
		<dc:subject>Guerre</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;En 1990, une plaque a &#233;t&#233; d&#233;voil&#233;e &#224; Sainte-M&#233;nehould &#224; l'issue d'une c&#233;r&#233;monie &#233;mouvante &#224; laquelle j'avais &#233;t&#233; convi&#233;e. Pourquoi doit-on d&#233;voiler une plaque ? Parce que ce geste symbolique emp&#234;che un autre voile de retomber sur les faits qu'on pr&#233;f&#232;re cacher ou taire. Les noms grav&#233;s dans la pierre interdisent d&#233;sormais &#224; la m&#233;moire collective de les effacer. Le m&#234;me nom se r&#233;p&#232;te huit fois, Finkelstein. Une famille juive enti&#232;rement an&#233;antie. Le dernier nom, Syma Ksiazenicer, est celui de ma m&#232;re. &lt;br class='autobr' /&gt; Mon p&#232;re (...)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://www.menouetsesvoisinsdargonne.fr/spip.php?rubrique114" rel="directory"&gt;Revue N&#176;95&lt;/a&gt;

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&lt;a href="https://www.menouetsesvoisinsdargonne.fr/spip.php?mot31" rel="tag"&gt;1939-1945&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.menouetsesvoisinsdargonne.fr/spip.php?mot40" rel="tag"&gt;D&#233;portation&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.menouetsesvoisinsdargonne.fr/spip.php?mot57" rel="tag"&gt;Guerre&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;&lt;span class='spip_document_7305 spip_documents spip_documents_left' style='float:left;'&gt;
&lt;img src='https://www.menouetsesvoisinsdargonne.fr/local/cache-vignettes/L174xH380/temoignage_n95_ph1-89d0d.jpg?1773448380' width='174' height='380' alt=&#034;&#034; /&gt;&lt;/span&gt;&lt;span style='margin-left:45px;'&gt; &lt;/span&gt;En 1990, une plaque a &#233;t&#233; d&#233;voil&#233;e &#224; Sainte-M&#233;nehould &#224; l'issue d'une c&#233;r&#233;monie &#233;mouvante &#224; laquelle j'avais &#233;t&#233; convi&#233;e. Pourquoi doit-on d&#233;voiler une plaque ? Parce que ce geste symbolique emp&#234;che un autre voile de retomber sur les faits qu'on pr&#233;f&#232;re cacher ou taire. Les noms grav&#233;s dans la pierre interdisent d&#233;sormais &#224; la m&#233;moire collective de les effacer. Le m&#234;me nom se r&#233;p&#232;te huit fois, Finkelstein. Une famille juive enti&#232;rement an&#233;antie. Le dernier nom, Syma Ksiazenicer, est celui de ma m&#232;re.&lt;br&gt;
&lt;br&gt;
&lt;span style='margin-left:45px;'&gt; &lt;/span&gt;Mon p&#232;re F&#233;lix Ksiazenicer &#233;tait arriv&#233; en France en 1923, fuyant les pogroms en Pologne. Il avait laiss&#233; l&#224;-bas une jeune fille rencontr&#233;e &#224; Varsovie (&#8230;) Ils s'&#233;taient mari&#233;s selon le rite juif avant son d&#233;part. Il devait en France, &#224; Nancy, retrouver un beau-fr&#232;re parti avant lui. Sa vie &#233;tait pr&#233;caire. Poussant une voiture &#224; bras, il faisait du porte &#224; porte vendant de la confection &#224; domicile.&lt;br&gt;
&lt;br&gt;
&lt;span style='margin-left:45px;'&gt; &lt;/span&gt;En 1924, ma m&#232;re vint le rejoindre. Elle ne se doutait pas, lorsqu'elle monta dans le train de Varsovie &#224; destination de Nancy, que, quelques ann&#233;es plus tard, elle referait une partie du voyage en sens inverse. Elle croyait prendre un aller simple. Elle &#233;tait n&#233;e en 1901. C'est donc une tr&#232;s jeune femme qui d&#233;barqua &#224; Nancy, ne sachant pas un mot de fran&#231;ais, mais d&#233;cid&#233;e &#224; s'int&#233;grer et &#224; adopter les m&#339;urs et coutumes de cette France r&#233;put&#233;e terre d'asile. Ils se mari&#232;rent civilement &#224; la mairie de Nancy. Je naquis en f&#233;vrier 1926 &#224; Nancy. Plusieurs fois mes parents demand&#232;rent leur naturalisation, toujours ajourn&#233;e : ils n'avaient pas de fils.&lt;br&gt;
&lt;span style='margin-left:45px;'&gt; &lt;/span&gt;Le porte &#224; porte n'&#233;tait gu&#232;re rentable, mon p&#232;re eut l'id&#233;e de s'associer &#224; un oncle, propri&#233;taire d'une boutique rue Chanzy &#224; Sainte-M&#233;nehould. Cela tenait du bazar et du magasin de confection. Les deux femmes servaient &#224; la boutique, pendant que les hommes am&#233;lioraient les revenus en tournant dans la r&#233;gion. Ils ne revenaient qu'en fin de semaine &#224; Sainte-M&#233;nehould. L'association dura un moment puis cessa, min&#233;e par des divergences entre les deux hommes. Commen&#231;a alors un long p&#233;riple qui verra mon p&#232;re, dans les corons de la r&#233;gion de Douai, puis &#224; Ligny-en-Barrois. En 1934, une petite s&#339;ur, Colette, &#233;tait n&#233;e. Les affaires devinrent plus prosp&#232;res. La voiture &#224; bras fut remplac&#233;e par une vieille Ford d'occasion, dont le vert cru me r&#233;jouissait beaucoup. &#192; nouveau, mon p&#232;re ouvrit une mercerie-bazar. Je me souviens que j'aimais le toucher de la laine, des rubans. Mon p&#232;re apprit qu'un magasin plus important &#233;tait &#224; louer &#224; Bar-le-Duc, Boulevard de la Rochelle. Nous y part&#238;mes. Bient&#244;t, il poss&#233;da un deuxi&#232;me magasin &#224; Saint-Dizier.&lt;br&gt;
&lt;br&gt;
&lt;span style='margin-left:45px;'&gt; &lt;/span&gt;Un jour, fin 1939, j'&#233;tais avec mon p&#232;re &#224; la gare de Bar-le-Duc. Il exp&#233;diait des colis, lorsque le fracas d'une bombe nous parvint. Pris en chasse sur le front, des avions avaient largu&#233; leur charge en route. Lorsque nous atteign&#238;mes la maison, ce fut pour trouver ma m&#232;re et ma s&#339;ur dans les d&#233;combres. Ma m&#232;re bless&#233;e, ma s&#339;ur morte. Une jeune &#233;tudiante qui s'&#233;tait r&#233;fugi&#233;e l&#224; &#233;tait morte, elle aussi. Mon p&#232;re ne se remit jamais tout &#224; fait de la mort de ma petite s&#339;ur et resta assombri pendant des ann&#233;es.&lt;br&gt;
&lt;br&gt;
&lt;span style='margin-left:45px;'&gt; &lt;/span&gt;En 1940, &#224; l'&#233;vacuation, nous part&#238;mes &#224; Orthez [Pyr&#233;n&#233;es-Atlantiques] retrouver un membre de notre famille install&#233; l&#224;-bas. Mais la vie fut vite tr&#232;s difficile. L'argent manquait. Il restait bien le deuxi&#232;me magasin &#224; Saint-Dizier, mais les risques en zone occup&#233;e &#233;taient lourds. Mon p&#232;re les prit. Il remonta, vendit le plus de marchandises possibles et redescendit avec de l'argent frais. Apr&#232;s Orthez, nous v&#233;c&#251;mes quelques mois &#224; Pau, puis nous rejoign&#238;mes Saint-Dizier. La boutique &#233;tait l&#224;, la source de revenus aussi.&lt;br&gt;
&lt;span style='margin-left:45px;'&gt; &lt;/span&gt;Mais les lois de Vichy impos&#232;rent &#224; mon p&#232;re de prendre un commissaire g&#233;rant.&lt;br&gt;
Finalement, mon p&#232;re fut oblig&#233; de vendre son fonds de commerce. Les pers&#233;cutions et les menaces s'intensifiant, nous nous r&#233;fugi&#226;mes &#224; Sainte-M&#233;nehould. Mon p&#232;re pensait que &lt;span class='spip_document_7306 spip_documents spip_documents_right' style='float:right;'&gt;
&lt;img src='https://www.menouetsesvoisinsdargonne.fr/local/cache-vignettes/L350xH265/temoignage_n95_ph2-25658.jpg?1773448380' width='350' height='265' alt=&#034;&#034; /&gt;&lt;/span&gt;ce bourg tranquille &#233;tait une cachette s&#251;re. Il loua une maison, rue Kellermann.&lt;br&gt;
&lt;span style='margin-left:45px;'&gt; &lt;/span&gt;Nous y vivions le plus discr&#232;tement possible, des l&#233;gumes du jardin, des poules et lapins que mes parents &#233;levaient. J'ai toujours vu mes parents vivre en bonne intelligence avec les voisins. Ma m&#232;re accueillait, partageait, donnait ce qu'elle n'avait pas. C'&#233;tait une femme belle, profond&#233;ment bonne et g&#233;n&#233;reuse. Elle attendit bient&#244;t un autre enfant pour consoler mon p&#232;re de la perte de sa fille. Cela peut sonner comme un d&#233;fi en ces temps d'incertitude.&lt;br&gt;
&lt;br&gt;
&lt;br&gt;
&lt;span style='margin-left:45px;'&gt; &lt;/span&gt;Des rumeurs de plus en plus alarmantes circulaient. Beaucoup de membres de notre famille &#233;taient pass&#233;s en zone libre. Mais mes parents rest&#232;rent. Ma m&#232;re refusa de partir. Certes, ils &#233;taient fich&#233;s, certes ils portaient l'&#233;toile jaune, certes ils avaient d&#251; vendre leur boutique. Mais quelque chose en eux refusaient d'envisager l'&#233;tape suivante, les arrestations, la d&#233;portation. Et ma m&#232;re avait un raisonnement simple. Ce sont les hommes qui font la guerre, pas les femmes. Elle ne craignait rien, elle &#233;tait enceinte. Belle na&#239;vet&#233;.&lt;br&gt;
&lt;br&gt;
&lt;span style='margin-left:45px;'&gt; &lt;/span&gt;&#192; cette &#233;poque, j'avais quinze ans. Je travaillais dans une librairie &#224; Sainte-M&#233;nehould. Mon adolescence marqu&#233;e par l'humiliation de l'&#233;toile jaune, par l'ins&#233;curit&#233;, la menace, a brutalement bascul&#233; un jour de 1942. Ce jour-l&#224;, deux gendarmes fran&#231;ais arriv&#232;rent &#224; la maison avec mission d'arr&#234;ter mon p&#232;re. Ma m&#232;re, malgr&#233; sa peur, leur fit face et pr&#233;tendit qu'elle ignorait o&#249; il &#233;tait parti, lui laissant ainsi le temps de s'&#233;chapper par le jardin derri&#232;re la maison. Il se cacha chez des habitants de Sainte-M&#233;nehould qui se d&#233;brouill&#232;rent pour me faire savoir qu'ils ne pourraient pas le garder. Je devins messager et artisan de la fuite de mon p&#232;re. Je connaissais un employ&#233; des Chemins de fer, Monsieur Pottier, un homme courageux.&lt;br&gt;
Il fabriqua ou fit fabriquer une fausse carte grossi&#232;rement imit&#233;e, me conseilla de &#171; d&#233;guiser &#187; mon p&#232;re en un &#171; Fran&#231;ais moyen &#187;. Il devait s'habiller en cheminot, porter un b&#233;ret sur la t&#234;te et une musette &#224; l'&#233;paule. Restait un probl&#232;me &#233;pineux : comment allait-il se rendre &#224; la gare de Ch&#226;lons sans &#234;tre reconnu et d&#233;nonc&#233; ? Un garagiste nous aida et le transporta.&lt;br&gt;
&lt;span style='margin-left:45px;'&gt; &lt;/span&gt;&#192; cinq heures du matin, il s'embarqua vers la zone libre, esp&#233;rant retrouver sa s&#339;ur l&#224;-bas.&lt;br&gt;
&lt;span style='margin-left:45px;'&gt; &lt;/span&gt;Mon p&#232;re parti, j'insistai aupr&#232;s de ma m&#232;re. Et nous ? N'allions-nous pas nous sauver ? Non, elle s'obstina.&lt;br&gt;
&lt;br&gt;
&lt;span style='margin-left:45px;'&gt; &lt;/span&gt;Les vagues d'arrestations se suivirent. Notre tour arriva. Les gendarmes revinrent, nous embarqu&#232;rent. Je me souviens parfaitement du visage du grad&#233; fran&#231;ais qui assistait &#224; l'interrogatoire. Dans la pi&#232;ce, je retrouvais Rosette Finkelstein, ma camarade de classe quelques ann&#233;es auparavant. Une r&#233;flexion peu glorieuse, mais qui ob&#233;it &#224; la loi du &#171; chacun pour soi &#187;, me fit protester : &#171; Je suis juive, mais je suis Fran&#231;aise &#187;. Consult&#233;e, la sous-pr&#233;fecture confirmait. Je fus rel&#226;ch&#233;e, ainsi que ma &lt;span class='spip_document_7307 spip_documents spip_documents_left' style='float:left;'&gt;
&lt;img src='https://www.menouetsesvoisinsdargonne.fr/local/cache-vignettes/L220xH204/temoignage_n95_ph3-bc169.jpg?1773448380' width='220' height='204' alt=&#034;&#034; /&gt;&lt;/span&gt;m&#232;re ensuite, provisoirement.&lt;br&gt; Quant aux Finkelstein, le p&#232;re, la m&#232;re, le fils et la fille a&#238;n&#233;s furent intern&#233;s &#224; Ch&#226;lons ce jour-l&#224;. Les quatre plus jeunes furent plac&#233;s &#224; l'h&#244;pital en sursis. Plus tard, ils &#171; partirent &#187; comme ma m&#232;re. Je revins rue Kellermann. Les scell&#233;s avaient &#233;t&#233; mis. Je les fis sauter. Aid&#233;e par une sage-femme, ma m&#232;re accoucha bient&#244;t de mon petit fr&#232;re Michel. Je revins &#224; la charge. On m'avait laiss&#233;e filer mais pour combien de temps ? Et elle ? Juive et &#233;trang&#232;re, allaient-ils la laisser libre ? Mes supplications furent vaines.&lt;br&gt;
&lt;br&gt;
&lt;br&gt;
&lt;span style='margin-left:45px;'&gt; &lt;/span&gt;Cette fois, ma m&#232;re avait peur que le b&#233;b&#233; meure en route ; il &#233;tait si fragile, si petit.&lt;br&gt;
Comment s'embarquer dans ces conditions ? Avec le recul des ann&#233;es, je m'&#233;tonne encore de ce refus de voir la r&#233;alit&#233; du pi&#232;ge qui se refermait, chaque jour davantage. Ma m&#232;re accepta de se cacher cependant. Un jour, je suis partie faire des courses. Il fallait bien prendre ce risque. Quand je revins, les gendarmes &#233;taient l&#224;. Pas des gendarmes allemands comme certains l'ont pr&#233;tendu. Des gendarmes fran&#231;ais ex&#233;cutant les ordres de &#171; l'Etat fran&#231;ais &#187; d'alors. Pour arr&#234;ter ma m&#232;re. Ses cris m'ont longtemps hant&#233;e. Je la revois accroch&#233;e au berceau de mon fr&#232;re, refuser de suivre les deux hommes. Alors ceux-ci l'ont arrach&#233;e du berceau et l'ont entra&#238;n&#233;e. Vaincue, elle m'a alors suppli&#233;e de garder le b&#233;b&#233;, d'en prendre soin, de partir rejoindre mon p&#232;re. Dans la rue, les gens, mass&#233;s, regardaient le spectacle. Des badauds curieux. Aucun n'a protest&#233;. Comme ma m&#232;re hurlait trop fort et les g&#234;nait, un des gendarmes partit chercher une camionnette. Pas non plus un camion allemand comme je l'ai lu quelque part. Une camionnette b&#226;ch&#233;e pour &#233;touffer les cris.&lt;br&gt;
&lt;br&gt;
&lt;span style='margin-left:45px;'&gt; &lt;/span&gt;Je restai seule avec le b&#233;b&#233;, incapable de m'en occuper. Je trouvai de l'aide aupr&#232;s de la sage-femme d&#233;vou&#233;e qui avait accouch&#233; ma m&#232;re. Elle m'accueillit chez elle, me montra comment le langer, le nourrir, lui donner des soins. Elle l'a m&#234;me gard&#233; le jour o&#249; je suis all&#233;e rendre visite &#224; ma m&#232;re. Celle-ci avait &#233;t&#233; intern&#233;e au camp de Ch&#226;lons. Le laitier accepta de m'emmener lors d'une tourn&#233;e.&lt;br&gt; &lt;br&gt;
&lt;span style='margin-left:45px;'&gt; &lt;/span&gt;Le camp de Ch&#226;lons ? C'&#233;tait, comme les autres, des barbel&#233;s, un mirador, des conditions d'hygi&#232;ne d&#233;plorables, de la paille en guise de lit, peu de nourriture. Je me souviens de mes sentiments partag&#233;s en approchant du camp. J'avais envie de voir ma m&#232;re, mais n'allais-je pas me jeter dans la gueule du loup ? N'allaient-ils pas me reprendre, moi qu'ils avaient rel&#226;ch&#233;e ?&lt;br&gt;
&lt;br&gt;
&lt;span style='margin-left:45px;'&gt; &lt;/span&gt;Je ne fus pas arr&#234;t&#233;e. Je revis ma m&#232;re ce jour-l&#224; pour la derni&#232;re fois. Huit jours plus tard, elle &#233;tait &#224; Drancy. Le rapport Klarsfeld dit qu'elle a fait partie du convoi 40, en date du 4 novembre 1942 !&lt;span class='spip_document_7308 spip_documents spip_documents_right' style='float:right;'&gt;
&lt;img src='https://www.menouetsesvoisinsdargonne.fr/local/cache-vignettes/L350xH217/temoignage_n95_ph4-bd4cf.jpg?1773448380' width='350' height='217' alt=&#034;&#034; /&gt;&lt;/span&gt; J'ai entour&#233; d'un trait noir son nom sur la liste des victimes gaz&#233;es.&lt;br&gt;
&lt;span style='margin-left:45px;'&gt; &lt;/span&gt;Elle avait 41 ans. &#192; l'&#233;poque, nous ne savions rien. Ma m&#232;re m'envoya une carte de Drancy. Une carte blanche, sans illustration, sans enveloppe bien s&#251;r. Courrier surveill&#233;, probablement dict&#233; par les autorit&#233;s. Qu'en ai-je fait ? Malgr&#233; mes recherches, je ne l'ai jamais retrouv&#233;e.&lt;br&gt;
&#201;gar&#233;e lors d'un d&#233;m&#233;nagement ? Gliss&#233;e dans d'autres documents ? R&#233;appara&#238;tra-t-elle un jour, plus tard, dans les mains d'un h&#233;ritier, lorsque seront partag&#233;s les souvenirs familiaux ?&lt;br&gt;
&lt;span style='margin-left:45px;'&gt; &lt;/span&gt;Que disait-elle cette carte ? Comme les enfants Finkelstein dont le courrier a &#233;t&#233; pr&#233;cieusement conserv&#233; ? A-t-elle ajout&#233; comme eux : &#171; Qui vivra verra &#187;. Les mots glacent d'horreur. Ce qu'ils ont vu, dans les camps, il faut d'autres vivants pour le dire. Encore et encore&#8230;&lt;br&gt;
&lt;br&gt;
&lt;span style='margin-left:45px;'&gt; &lt;/span&gt;Je re&#231;us un jour une lettre de mon p&#232;re. De zone libre, il avait pr&#233;vu et organis&#233; notre fuite. Il m'ordonnait d'aller jusqu'&#224; Moulins [Allier], m'indiquait le nom de gens chez qui me rendre pour passer la ligne de d&#233;marcation. J'avais sympathis&#233; avec Madame L...., femme d'un professeur du lyc&#233;e, prisonnier en Allemagne. Je lui confiai nos meubles et ce qui restait de marchandise invendue. &#192; un commer&#231;ant, je remis nos bijoux et une partie de l'argent que je ne voulais pas risquer de prendre sur moi. Tous deux me promirent de conserver tout cela jusqu'&#224; notre retour. Je pr&#233;parai le d&#233;part. Chacun peut m'imaginer. Quinze ans, un tout jeune b&#233;b&#233; dans les bras, des oreillers, des couches, des langes, un biberon. Tout un chargement encombrant. Pas vraiment l'id&#233;al pour passer inaper&#231;ue. Je connaissais &#224; Sainte-M&#233;nehould un jeune &#233;lectricien qui accepta de prendre une journ&#233;e pour m'accompagner jusqu'&#224; Moulins.&lt;br&gt;
&lt;span style='margin-left:45px;'&gt; &lt;/span&gt;Il passerait pour mon mari. S'il vit encore, je le remercie pour ce geste de solidarit&#233; et d'amiti&#233;.&lt;br&gt;
&lt;br&gt;
&lt;span style='margin-left:45px;'&gt; &lt;/span&gt;&#192; Moulins, il me laissa. Je devais changer de train. Apr&#232;s, c'&#233;tait - peut-&#234;tre - la s&#233;curit&#233;. Les quais &#233;taient noirs de monde. Je prot&#233;geais le b&#233;b&#233; tant bien que mal, tour &#224; tour bouscul&#233;e, press&#233;e, ralentie. Je montais lentement les marches de l'escalier du passage souterrain, lorsque je sentis le poids d'un regard pos&#233; sur moi. Je levai les yeux. Un feldgendarme surveillait la foule, appuy&#233; &#224; la rambarde. Mes jambes continu&#232;rent m&#233;caniquement leur ascension. Le feldgendarme m'appela : &#171; Vous ! Venez ! &#187;. Je me sentis me d&#233;composer. Comment m'avait-il reconnue, rep&#233;r&#233;e dans cette foule ? Je n'avais pas du tout ce que la propagande appelait &#171; le type juif &#187;. Bient&#244;t, il fut pr&#232;s de moi : &#171; Passez petit b&#233;b&#233; ! Vous fatigu&#233;e &#187;. Je dois &#224; la v&#233;rit&#233; que celui-l&#224; n'a pas &#233;t&#233; barbare. Certains Fran&#231;ais, si. En tout cas, mon fr&#232;re et moi, nous nous devons mutuellement d'&#234;tre encore en vie. Je m'installai dans le train vide. L'attente - au moins deux heures - me parut insupportable. Un autre n'allait-il pas venir v&#233;rifier des papiers que je n'avais pas ? N'allait-on pas me fouiller ? M'interroger ? Non, il n'arriva rien.&lt;br&gt;
&lt;br&gt;
&lt;span style='margin-left:45px;'&gt; &lt;/span&gt;&#192; Vierzon [Cher], le passeur promis par mon p&#232;re &#233;tait l&#224;. Il habitait une maison isol&#233;e, tr&#232;s proche de la ligne de d&#233;marcation ; il &#233;tait &#233;troitement surveill&#233; bien s&#251;r, mais r&#233;ussissait r&#233;guli&#232;rement &#224; tromper leur vigilance. Sa femme m'offrit &#224; manger le soir de mon arriv&#233;e. Du lapin bouilli longuement avec des pommes de terre. &#201;tait-ce du lapin de garenne &#224; l'odeur tr&#232;s forte ? Etaient-ce les &#233;motions du voyage ? Mon c&#339;ur se soul&#232;ve encore en y songeant. Je m'allongeai quelques heures, sans sommeil. &#192; l'aube, nous part&#238;mes. Dans les moments tragiques ou dramatiques, le corps enregistre des sensations qui restent imprim&#233;es &#224; vie.&lt;br&gt; &lt;span style='margin-left:45px;'&gt; &lt;/span&gt;Nous devions traverser un champ. Interminable. Mon corps se s&#233;para en deux. Mes bras devaient retenir mon fr&#232;re, l'emp&#234;cher de s'agiter, de faire du bruit. Je m'&#233;tais munie d'une &#171; sucette &#187; et d'un peu de miel. R&#233;guli&#232;rement, je trempais la sucette dans le miel. Il t&#233;tait avidement et s'apaisait. Ainsi, il ne poussa pas un cri. Mes jambes, elles, devaient s'arracher &#224; chaque pas &#224; la succion de la terre glaise. Il me fallait &#224; la fois de l'&#233;nergie et de la douceur.&lt;br&gt;
&lt;span style='margin-left:45px;'&gt; &lt;/span&gt;Ni le b&#233;b&#233;, ni nos pas ne devaient s'entendre. La peur et l'urgence donnent une force et une audace &#233;tonnantes. &#192; un moment, nous sommes pass&#233;s tout pr&#232;s d'un Allemand, &#224; le fr&#244;ler. Il ne d&#233;cela rien.&lt;br&gt;
&lt;br&gt;
&lt;span style='margin-left:45px;'&gt; &lt;/span&gt;Quelques minutes plus tard, j'&#233;tais en zone libre, avec mon fardeau au museau tout collant de miel. Lorsqu'il s'&#233;tait enfui, mon p&#232;re m'avait laiss&#233; des pi&#232;ces d'or, produit de la vente du magasin. Elles persuad&#232;rent sans mal un taxi de m'emmener jusqu'&#224; un h&#244;tel. J'essayai de dormir. La tension des derni&#232;res heures m'en emp&#234;cha en partie. Mais surtout, le petit fr&#232;re fut tr&#232;s p&#233;nible. Il faisait froid. Je l'avais emmaillot&#233; pour qu'il soit au chaud et lui avais couvert la t&#234;te d'un bonnet. Est-ce contre ce bonnet qu'il protesta par des hurlements ? Avait-il ingurgit&#233; trop de miel ? J'avoue qu'exasp&#233;r&#233;e par ses cris, je lui flanquai une claque, d&#233;tendant l'un et l'autre. Le lendemain, un autre taxi m'emmena au Mont-Dore [Puy-de-D&#244;me], chez ma tante. Mon p&#232;re &#233;tait parti &#224; ma recherche en ville. Lorsqu'il revint, il fit la connaissance de son fils. Moment d'intense &#233;motion. Commen&#231;a alors une p&#233;riode difficile. Mon p&#232;re &#233;tait l&#224;, j'&#233;tais l&#224;, le b&#233;b&#233; aussi. Mais sa femme ? Ma m&#232;re ? Nous ne savions rien d'elle. La vie continuait, mais elle &#233;tait arr&#234;t&#233;e, suspendue. Nous &#233;tions dans l'attente de nouvelles, de son retour, de la fin de ce cauchemar&#8230; Il fallut nous organiser. Ma tante nous h&#233;bergea quelque temps, puis nous pr&#238;mes un logement en location, doubl&#233; d'une cachette chez un marchand de bi&#232;re. Nous nous y terrions, lorsque couraient des rumeurs de rafle pour cette nuit-l&#224;.&lt;br&gt;
&lt;span style='margin-left:45px;'&gt; &lt;/span&gt;J'&#233;crivis un jour &#224; Madame L.... pour la rassurer sur notre sort et lui donner notre adresse. Je n'avais pas encore appris suffisamment &#224; me m&#233;fier.&lt;br&gt;
&lt;br&gt;
&lt;span style='margin-left:45px;'&gt; &lt;/span&gt;Quelque temps apr&#232;s, un commissaire de police vint nous pr&#233;venir que la Gestapo &#233;tait &#224; nos trousses. Madame L.... nous avait d&#233;nonc&#233;s. Il fallait d&#233;guerpir au plus vite, dispara&#238;tre de ce lieu, ne plus jamais donner de nouvelles. Faire croire &#224; notre arrestation. Pas le temps de r&#233;fl&#233;chir. La porte, l'escalier, la rue, la fuite&#8230;&lt;br&gt;
&lt;span style='margin-left:45px;'&gt; &lt;/span&gt;Chacun de notre c&#244;t&#233;. En route, je croisai une Citro&#235;n en provenance de Vichy. Deux hommes en manteau de cuir all&#232;rent &#224; la mairie relever la liste des locataires dont le nom sonnait juif.&lt;br&gt;
&lt;span style='margin-left:45px;'&gt; &lt;/span&gt;Nous rest&#226;mes cach&#233;s le temps que le m&#234;me commissaire nous fasse parvenir des fausses cartes d'identit&#233;. Je m'appelais Madeleine Lemonier. Ce nom n'&#233;tait pas d&#233;sagr&#233;able. Ce qui l'&#233;tait plus, c'&#233;tait d'&#234;tre devenue &#171; fille-m&#232;re &#187;. J'endossai le tout pour vivre &#224; La Bourboule o&#249; nous avions finalement &#233;chou&#233;. L&#224;, je fis la connaissance d'un jeune homme. Mon p&#232;re repoussa toute id&#233;e de mariage, tant que ma m&#232;re n'&#233;tait pas revenue. Elle ne revint pas. Le jeune homme se lassa.&lt;br&gt;
&lt;br&gt;
&lt;span style='margin-left:45px;'&gt; &lt;/span&gt;On conna&#238;t la suite : l'ouverture des camps de la mort, la r&#233;v&#233;lation de l'horreur pure, brute, absolue, les rares rescap&#233;s de l'enfer, l'&#233;vidence que l'on repousse, que l'on remplace par des constructions imaginaires. Peut-&#234;tre s'est-elle &#233;chapp&#233;e ? Peut-&#234;tre erre-t-elle quelque part, amn&#233;sique ? Peut-&#234;tre est-elle en Russie ? Peut-&#234;tre&#8230; Peut-&#234;tre&#8230; Puis l'&#233;vidence revient, s'impose, s'installe dans la t&#234;te, dans le c&#339;ur. Elle ne reviendra jamais.&lt;br&gt;
&lt;span style='margin-left:45px;'&gt; &lt;/span&gt;Lorsqu'en 1945, nous sommes remont&#233;s &#224; Sainte-M&#233;nehould, Madame L.... s'est &#233;vanouie en voyant mon p&#232;re. Elle l'avait cru disparu &lt;span class='spip_document_7310 spip_documents spip_documents_right' style='float:right;'&gt;
&lt;img src='https://www.menouetsesvoisinsdargonne.fr/local/cache-vignettes/L200xH202/temoignage_n95_ph5-0b736.jpg?1773448380' width='200' height='202' alt=&#034;&#034; /&gt;&lt;/span&gt;lui aussi, comme les autres&#8230; Lorsqu'elle reprit ses esprits, qu'elle avait mauvais et mesquins, elle soutint la th&#232;se du cambriolage. Elle ne poss&#233;dait plus rien de ce que je lui avais confi&#233;, sauf une salle &#224; manger qui tr&#244;nait dans son salon et qu'elle n'a pu dissimuler. De m&#233;chantes langues pr&#233;tendent que ses proches ont toujours &#233;t&#233; bien habill&#233;s en ces temps de p&#233;nurie textile&#8230; On ne mesure jamais assez la perfidie des gens&#8230; Quant au commer&#231;ant, il m'a simplement trait&#233;e de folle. Jamais, au grand jamais je ne lui avais confi&#233; de bijoux ou d'argent&#8230; Le chagrin devait me troubler l'esprit&#8230; !&lt;br&gt; &lt;br&gt;
&lt;br&gt;
&lt;span style='margin-left:45px;'&gt; &lt;/span&gt;Beaucoup de ceux qui nous ont cach&#233;s, h&#233;berg&#233;s, aid&#233;s, procur&#233; des papiers sont morts. Je souhaite qu'ils aient transmis aux autres les valeurs qui les animaient. Ceux dont les parents ont &#233;t&#233; collaborateurs, d&#233;nonciateurs, pourvoyeurs de fours cr&#233;matoires, n'ont pas &#224; endosser une culpabilit&#233; qui ne leur appartient pas. Mais qu'ils soient vigilants. Le discours qui avait s&#233;duit leurs parents se fait &#224; nouveau entendre. Qu'ils n'y c&#232;dent pas. Qu'ils militent au contraire pour que de telles atrocit&#233;s ne se renouvellent jamais, quelle que soit l'ethnie, la religion, la classe sociale vis&#233;e par la discrimination. Qu'ils aient un regard pour les plaques comm&#233;moratives. &#187;&lt;br&gt;&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;spip spip-block-center&#034; style=&#034;text-align:center;&#034;&gt;______________________&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;br&gt;
&lt;span style='margin-left:45px;'&gt; &lt;/span&gt;&lt;i&gt;Ce t&#233;moignage &#233;crit a &#233;t&#233; d&#233;pos&#233; aux Archives d&#233;partementales de la Marne en 1993. La famille Ksiazenicer habitait au 6 avenue Kellermann &#224; Sainte-M&#233;nehould. La m&#232;re, Syma Ksiazenicer a &#233;t&#233; arr&#234;t&#233;e le 9 octobre 1942 puis envoy&#233;e vers la mort au camp de concentration d'Auschwitz.&lt;br&gt;
&lt;span style='margin-left:45px;'&gt; &lt;/span&gt;Le 27 janvier 1944, de nouvelles arrestations de juifs ont eu lieu dans l'arrondissement de Sainte-M&#233;nehould :&lt;br&gt; - Fanny Kalechmann, (23 ans) employ&#233;e &#224; Malmy comme ouvri&#232;re agricole&lt;br&gt; - Emile et Lucie Levy, r&#233;fugi&#233;s &#224; Sainte-M&#233;nehould ainsi que leurs deux filles : Andr&#233;e (25 ans) qui travaillait comme couturi&#232;re &#224; Sainte-M&#233;nehould et Marcelle (23 ans) qui &#233;tait st&#233;nodactylo chez Ma&#238;tre Bastid. (voir article paru dans le Petit Journal de Sainte-M&#233;nehould et ses voisins d'Argonne, juillet 2002).&lt;/i&gt;&lt;br&gt;
&lt;br&gt;
Le pr&#233;fet de la Marne pouvait &#233;crire dans son rapport de f&#233;vrier 1944 : &#171; Les derni&#232;res familles juives de la Marne ont &#233;t&#233; arr&#234;t&#233;es &#187;.&lt;br&gt;
&lt;span style='margin-left:300px;'&gt; &lt;/span&gt;R&#233;cit recueilli et transmis par J.et M.C. Vigouroux&lt;br&gt;
&lt;br&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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		<enclosure url="https://www.menouetsesvoisinsdargonne.fr/IMG/pdf/temoignage-d-ida-boniack-ksiazenicer_a1448-2.pdf" length="409729" type="application/pdf" />
		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>A la m&#233;moire de la famille Finkelstein.</title>
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		<dc:date>2021-09-26T18:21:00Z</dc:date>
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		<dc:subject>1939-1945</dc:subject>
		<dc:subject>D&#233;portation</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;Au mus&#233;e de la Shoah &#224; Paris, on voit des centaines de photos de juifs d&#233;port&#233;s en Allemagne ; beaucoup ne sont jamais revenus, quelques-uns ont &#233;chapp&#233; &#224; la mort. &lt;br class='autobr' /&gt; &#192; Sainte-M&#233;nehould, il y avait la famille Finkelstein, 2 adultes et 6 enfants qui ont p&#233;ri en d&#233;portation. Si leurs photos ne sont pas (encore) au mus&#233;e, par contre leurs noms sont bien grav&#233;s sur les murs de pierre, dans la cour. On l'appelle &#171; le mur des noms &#187;. Mais cette liste ne donne pas le nom de la ville o&#249; habitaient ces juifs. (...)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://www.menouetsesvoisinsdargonne.fr/spip.php?rubrique109" rel="directory"&gt;Revue N&#176;92&lt;/a&gt;

/ 
&lt;a href="https://www.menouetsesvoisinsdargonne.fr/spip.php?mot31" rel="tag"&gt;1939-1945&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.menouetsesvoisinsdargonne.fr/spip.php?mot40" rel="tag"&gt;D&#233;portation&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;&lt;span style='margin-left:45px;'&gt; &lt;/span&gt;&lt;i&gt;Au mus&#233;e de la Shoah &#224; Paris, on voit des centaines de photos de juifs d&#233;port&#233;s en Allemagne ; beaucoup ne sont jamais revenus, quelques-uns ont &#233;chapp&#233; &#224; la mort.&lt;br&gt;
&lt;span style='margin-left:45px;'&gt; &lt;/span&gt;&#192; Sainte-M&#233;nehould, il y avait la famille Finkelstein, 2 adultes et 6 enfants qui ont p&#233;ri en d&#233;portation. Si leurs photos ne sont pas (encore) au mus&#233;e, par contre leurs noms sont bien grav&#233;s sur les murs de pierre, dans la cour. On l'appelle &#171; le mur des noms &#187;. Mais cette liste ne donne pas le nom de la ville o&#249; habitaient ces juifs.&lt;br&gt;
&lt;span style='margin-left:45px;'&gt; &lt;/span&gt;Dans le n&#176; 28 de d&#233;cembre 1989 du &#171; Bulletin municipal &#187; l'histoire de la famille Finkelstein a &#233;t&#233; racont&#233;e par Fran&#231;ois Stupp, Roger Dubois et Roger Berdold ; c'est ce dernier, membre de notre association, qui nous a autoris&#233;, au nom des ses 2 camarades, &#224; publier ce texte.&lt;br&gt;
&lt;span style='margin-left:45px;'&gt; &lt;/span&gt;L'article finissait par ; &#171; Il est encore temps de leur &#233;viter pire que la mort : l'oubli &#187;. Alors pour le rappeler aux seniors, pour le faire savoir aux nouveaux lecteurs, nous avons voulu retranscrire ce texte dans son int&#233;gralit&#233;. Quand les m&#233;n&#233;hildiens ont &#233;crit ce r&#233;cit, le mus&#233;e de la Shoah n'existait pas. Aujourd'hui, la m&#233;moire de cette famille vit &#224; Paris.&lt;/i&gt;&lt;br&gt;&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;spip spip-block-center&#034; style=&#034;text-align:center;&#034;&gt;- - - - - - - - - - - - -&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;br&gt;
&lt;br&gt;
&lt;span style='margin-left:45px;'&gt; &lt;/span&gt;&#034;La France est un grand pays. Contrairement aux affirmations de certains journalistes, elle ne pr&#233;f&#232;re pas l'amn&#233;sie aux mauvais souvenirs. On peut reparler de tout, car la libert&#233; y r&#232;gne. M&#234;me si quelquefois on refuse momentan&#233;ment d'aborder les ann&#233;es tristes, il se trouve toujours une, souvent plusieurs voix qui s'&#233;l&#232;vent pour qu'un forfait ne soit pas &#233;touff&#233; quels que soient les risques de son &#233;vocation. 75 000 juifs, entre 1942 et 1945, r&#233;sidant en France, sont morts apr&#232;s un calvaire atroce, et pour 8 d'entre eux, dont 6 enfants, c'est &#224; Sainte-M&#233;nehould, dans notre cit&#233; qu'il a d&#233;but&#233;. 47 ans apr&#232;s l'&#233;v&#233;nement, il est bien difficile d'en donner la relation pr&#233;cise. Et pourtant, l'&#233;motion que j'ai retrouv&#233; chez tous les t&#233;moins, plus ou moins directs, prouve, pour eux au moins, que ni les visages ni les &#233;v&#233;nements ne s'effacent.&lt;br&gt;&lt;span class='spip_document_6942 spip_documents spip_documents_left' style='float:left;'&gt;
&lt;img src='https://www.menouetsesvoisinsdargonne.fr/local/cache-vignettes/L250xH224/finkelstein_n93_ph1-67118.jpg?1773428217' width='250' height='224' alt=&#034;&#034; /&gt;&lt;/span&gt;
&lt;br&gt;
&lt;span style='margin-left:45px;'&gt; &lt;/span&gt;Les Finkelstein &#233;taient 8 : Les parents, Charles, n&#233; &#224; Blonsk en 1901 et Ida &#224; Varsovie en 1898, &#233;taient polonais de naissance, de m&#234;me que leurs deux a&#238;n&#233;s : Albert (1922) et Rose (1924). Jacob, dit Jacques, &#233;tait natif de Paris (1928) comme L&#233;on (1931). Les deux derniers &#233;taient m&#233;n&#233;hildiens, Marcelle (1932) et Henri (1935).&lt;br&gt;
&lt;span style='margin-left:45px;'&gt; &lt;/span&gt;L'odyss&#233;e de cette famille est vraisemblablement celle de la vague d'&#233;migrants des ann&#233;es 1930, fuyant la Pologne, la mis&#232;re des grandes communaut&#233;s et la mentalit&#233; anti-juive de ce pays, &#233;picentre europ&#233;en de l'antis&#233;mitisme.&lt;br&gt; &lt;span style='margin-left:45px;'&gt; &lt;/span&gt;On peut situer son arriv&#233;e en France en 1926, avec 2 enfants, &#224; Paris jusqu'en 1931, une vie d'&#233;migrants dans les quartiers pauvres de la capitale, o&#249; le p&#232;re a exerc&#233; son m&#233;tier de cordonnier, et o&#249;, en plus, 2 autres enfants venus au foyer, ont ajout&#233; encore aux difficult&#233;s &#233;conomiques de l'heure.&lt;br&gt;
&lt;span style='margin-left:45px;'&gt; &lt;/span&gt;Ils v&#233;curent dans notre ville &#224; partir de 1932. La litt&#233;rature est abondante en &#233;vocations de la vie de cette famille pauvre, cultivant son particularisme et ses croyances entre les murs de son foyer, mais avide de culture fran&#231;aise, dans un pays o&#249;, depuis 1791, un juif est un homme libre et &#233;gal aux autres, depuis sa naissance et jusqu'&#224; sa mort.&lt;br&gt;
&lt;span style='margin-left:45px;'&gt; &lt;/span&gt;La vie professionnelle de Charles fut exemplaire et ne lui valut aucune des jalousies classiques qui alimentent le plus souvent l'aigreur&lt;span class='spip_document_6943 spip_documents spip_documents_right' style='float:right;'&gt;
&lt;img src='https://www.menouetsesvoisinsdargonne.fr/local/cache-vignettes/L200xH189/finkelstein_n93_ph2-4febd.jpg?1773428217' width='200' height='189' alt=&#034;&#034; /&gt;&lt;/span&gt; antis&#233;mite. Son apprenti de 15 &#224; 20 ans, devenu commis &#224; son retour de la guerre de 1939 de 22 &#224; 26 ans, se pla&#238;t &#224; rapporter le souvenir d'un artisan comp&#233;tent et travailleur, dou&#233; pour la r&#233;paration aussi bien que la confection, dans son atelier de la rue des Pr&#233;s. Parfaitement adapt&#233; &#224; la vie locale, il faisait sa partie de cartes au Caf&#233; de Paris, o&#249; on l'appelait famili&#232;rement &#171; La Semelle &#187;. Ses enfants fr&#233;quentaient les &#233;coles et le lyc&#233;e Chanzy, avec d'excellents r&#233;sultats scolaires et l'amiti&#233; de leurs camarades.&lt;br&gt;
&lt;br&gt;
&lt;span style='margin-left:45px;'&gt; &lt;/span&gt;Mais la pouss&#233;e raciale se moquait bien des fronti&#232;res de l'Europe. Apr&#232;s l'Autriche, exacerb&#233;e par le nazisme en Allemagne, elle submergeait la France en 1940 dans le sillage de la Wehrmacht.&lt;br&gt; &lt;span style='margin-left:45px;'&gt; &lt;/span&gt;Pendant l'occupation, souriant et d&#233;brouillard, faisant de son mieux pour continuer son artisanat dans ces &#233;poques de p&#233;nuries, Charles Finkelstein et ses 2 aides r&#233;cup&#233;raient des tiges de chaussures au d&#233;p&#244;t d'ordures, remontaient des tiges de galoches sur des semelles de cuir, confectionnaient des nu-pieds, pour survivre, malgr&#233; le danger permanent et l'incertitude du lendemain.&lt;br&gt;
&lt;span style='margin-left:45px;'&gt; &lt;/span&gt;Se procurer du cuir &#233;tait un tour de force, et il y r&#233;ussissait, soutenu par ses amiti&#233;s et connaissances. Nombreux sont ceux qui lui doivent d'avoir pu se chausser, v&#233;ritable exploit &#224; l'&#233;poque. Charles ne croyait pas &#224; l'irr&#233;parable. Et de toute fa&#231;on, que faire quand on est &#224; la fois : &#233;tranger en province, dans un pays occup&#233;, r&#233;pertori&#233; par l'autorit&#233; locale, sans ressources ni fili&#232;re, et avec un profil et un accent qui vous d&#233;signent &#224; l'autorit&#233; polici&#232;re au moindre de vos d&#233;placements ?&lt;br&gt;
&lt;span style='margin-left:45px;'&gt; &lt;/span&gt;Il avait confectionn&#233; pour l'officier sup&#233;rieur de la Kommandantur, une paire de bottes. Il s'&#233;tait m&#234;me fait embaucher &#224; la reconstruction du tunnel des Islettes, esp&#233;rant ainsi &#233;chapper aux mailles du filet. Une premi&#232;re irruption de la Feldgendarmerie dans son &#233;choppe avait d&#233;j&#224;&lt;span class='spip_document_6944 spip_documents spip_documents_left' style='float:left;'&gt;
&lt;img src='https://www.menouetsesvoisinsdargonne.fr/local/cache-vignettes/L250xH212/finkelstein_n93_ph3-94c54.jpg?1773428217' width='250' height='212' alt=&#034;&#034; /&gt;&lt;/span&gt; eu lieu avec fouille.&lt;br&gt;
&lt;span style='margin-left:45px;'&gt; &lt;/span&gt;Ses enfants portaient l'&#233;toile jaune en application des directives de l'&#233;poque, ses camarades s'en souviennent. Objet de la curiosit&#233; chez les enfants plus que de m&#233;pris, Jacob (Jacques) avait ironis&#233; sur l'obligation &#224; fournir un point textile pour obtenir cette distinction.&lt;br&gt;
&lt;span style='margin-left:45px;'&gt; &lt;/span&gt;Apr&#232;s r&#233;pertoriage et marquage, sur tout le territoire occup&#233;, au printemps 1942 s'amorce la phase de la solution finale. Le premier coup de filet concerne les parents et les 2 a&#238;n&#233;s. La date pr&#233;cise n'a pu &#224; ce jour &#234;tre situ&#233;e. Renseignements pris, Charles, sa femme et ses 12 enfants ont &#171; b&#233;n&#233;fici&#233; &#187; d'un v&#233;hicule collectif &#233;tant pass&#233; par Vitry et Saint-Dizier. Un t&#233;moin se souvient parfaitement d'un camion de l'arm&#233;e allemande, mi-b&#226;ch&#233;, avec des civils &#224; son bord. Jouant au m&#234;me moment avec Henri, rue C&#233;lestin Guillemin, il a emp&#234;ch&#233; celui-ci de rejoindre ses parents au camion stationn&#233; 38 rue Florion, devant leur domicile. Un autre t&#233;moin dit que toute la rue a entendu hurler Rosette lorsqu'on est venu l'emmener. L'&#233;pilogue se situe le 27 juillet, dans le convoi n&#176; 11, parti de Drancy/Le Bourget &#224; 10h 30 et qui emm&#232;ne, entre autres, 43 juifs en provenance de Ch&#226;lons. Sur les 1000 d&#233;port&#233;s de ce convoi, il y aurait 11 survivants dont 2 femmes. La liste alphab&#233;tique mentionne les 4 noms des Finkelstein, gaz&#233;s &#224; leur arriv&#233;e &#224; Auschwitz.&lt;br&gt;
&lt;span style='margin-left:45px;'&gt; &lt;/span&gt;Le second coup de filet concerne le reste de la famille : 4 enfants rest&#233;s seuls, le dernier&lt;span class='spip_document_6945 spip_documents spip_documents_left' style='float:left;'&gt;
&lt;img src='https://www.menouetsesvoisinsdargonne.fr/local/cache-vignettes/L250xH217/finkelstein_n93_ph4-e065a.jpg?1773428217' width='250' height='217' alt=&#034;&#034; /&gt;&lt;/span&gt; ayant 7 ans. Apr&#232;s recherches, t&#233;moignages et lettres permettent d'en savoir un peu plus, Etienne Thierry et les s&#339;urs de l'h&#244;pital auraient recueilli ces enfants jusqu'&#224; la rentr&#233;e scolaire o&#249; pourrait se situer le 2&#232;me acte de la trag&#233;die. Un camarade d'&#233;cole se souvient, dans la classe transf&#233;r&#233;e dans les locaux actuels du mus&#233;e, du jour o&#249; 2 policiers en civil se sont fait d&#233;signer L&#233;on par le ma&#238;tre d'&#233;cole et l'ont emmen&#233; dans une voiture stationn&#233;e &#224; l'ext&#233;rieur. Il pleurait, sa valise &#224; la main, en quittant le coll&#232;ge.&lt;br&gt;
&lt;span style='margin-left:45px;'&gt; &lt;/span&gt;De Ch&#226;lons, Jacques a &#233;crit le 10 octobre &#224; Monsieur Thierry. Il d&#233;crit la grange entour&#233;e de barbel&#233;s,&lt;span class='spip_document_6946 spip_documents spip_documents_right' style='float:right;'&gt;
&lt;img src='https://www.menouetsesvoisinsdargonne.fr/local/cache-vignettes/L200xH210/finkelstein_n93_ph5-6f4a7.jpg?1773428217' width='200' height='210' alt=&#034;&#034; /&gt;&lt;/span&gt; gard&#233;e dit-il par un agent de la ville tr&#232;s chic ! Malgr&#233; un moral satisfaisant, il sollicite l'envoi de pain et de &#171; quelque chose &#224; m&#233;langer &#224; l'eau &#187;.&lt;br&gt;
&lt;span style='margin-left:45px;'&gt; &lt;/span&gt;Le 21 octobre, il &#233;crit de Drancy &lt;i&gt;&#171; la capitale juive &#187;&lt;/i&gt;. Il n'a pas, et pour cause, retrouv&#233; ses parents. Avec une restriction sur le confort, il ironise sur son propre sort et&lt;span class='spip_document_6947 spip_documents spip_documents_left' style='float:left;'&gt;
&lt;img src='https://www.menouetsesvoisinsdargonne.fr/local/cache-vignettes/L175xH222/finkelstein_n93_ph6-b673a.jpg?1773428217' width='175' height='222' alt=&#034;&#034; /&gt;&lt;/span&gt; sollicite l'envoi d'un colis. Il le re&#231;oit le 10 novembre, veille de son d&#233;part, remercie tr&#232;s vivement l'envoyeur, s'exhorte &#224; partir avec courage, parfaitement conscient de son destin, la boule ras&#233;e et du c&#339;ur au ventre, sur une derni&#232;re carte du camp.&lt;br&gt;
&lt;span style='margin-left:45px;'&gt; &lt;/span&gt;Serge Klarsfeld les situe tous les 4 dans le convoi n&#176; 40. Il &#233;crit : &lt;i&gt;&#171; Convoi n&#176; 40 - Ch&#226;lons/Marne : 45 partants. Figurent des enfants sans parents, comme les Finkelstein, tous les 4 arr&#234;t&#233;s &#224; Sainte-M&#233;nehould &#187;&lt;/i&gt;. A part 4 survivants, tout le reste du convoi a &#233;t&#233; gaz&#233;.&lt;br&gt;
&lt;br&gt;
&lt;br&gt;
&lt;span style='margin-left:45px;'&gt; &lt;/span&gt;Aujourd'hui, ann&#233;e de la c&#233;l&#233;bration du bicentenaire de la D&#233;claration des Droits de l'Homme, tous ceux qui ont c&#244;toy&#233; cette famille se refusent &#224; ne plus en parler. Les Finkelstein n'avaient rien &#224; se faire pardonner, ils sont morts parce qu'ils &#233;taient juifs. Ils ne r&#233;clament rien, ni justice, ni pol&#233;mique, ni publicit&#233;. Il est trop tard pour leur rendre la dignit&#233;, mais il est encore temps de leur &#233;viter pire que la mort : L'OUBLI.&#034;&lt;br&gt;
&lt;br&gt; &lt;span style='margin-left:300px;'&gt; &lt;/span&gt;R&#233;cit de Fran&#231;ois Stupp, Roger Berdold, Roger Dubois.&lt;br&gt;
&lt;span style='margin-left:400px;'&gt; &lt;/span&gt;&lt;i&gt;&lt;font color=&#034;#000000&#034; size=&#034;2&#034; face=&#034;Times New Roman, Times, serif&#034;&gt;Avec l'autorisation de Roger Berdold.&lt;/font&gt;&lt;/i&gt;&lt;br&gt;
&lt;br&gt;
&lt;i&gt;&#192; visiter : Le mus&#233;e de la Shoah, 17 rue Geoffroy l'Asnier &#224; Paris, en bordure de la Seine, entr&#233;e gratuite.&lt;/i&gt;&lt;br&gt;
&lt;br&gt;
&lt;br&gt;&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;spip spip-block-center&#034; style=&#034;text-align:center;&#034;&gt;&lt;font color=&#034;#000000&#034; size=&#034;4&#034; face=&#034;Times New Roman, Times, serif&#034;&gt;&lt;b&gt;La plaque de la famille Finkelstein&lt;/b&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;/font&gt;&lt;br&gt;
&lt;br&gt;
&lt;span style='margin-left:45px;'&gt; &lt;/span&gt;Dans le hall de la mairie de Sainte-M&#233;nehould, &#224; gauche pr&#232;s des grands escaliers, trois plaques comm&#233;moratives rendent hommages aux m&#233;n&#233;hildiens civils tu&#233;s pendant les guerres.&lt;br&gt;
&lt;span style='margin-left:45px;'&gt; &lt;/span&gt;Celle du haut porte les noms des personnes tu&#233;es pendant la Grande guerre ; celle du milieu pr&#233;sente les 26 noms des victimes de la seconde guerre mondiale. Et la plaque du bas porte le m&#234;me nom du haut en bas, &#171; Finkelstein &#187;, le p&#232;re, la m&#232;re et les six enfants, d&#233;port&#233;s &#224; Auschwitz.&lt;br&gt;
&lt;br&gt;
&lt;span style='margin-left:45px;'&gt; &lt;/span&gt;Certains se posent la question : &#171; Mais pourquoi une plaque &#224; part, une plaque dont la pose semble d'ailleurs &#234;tre post&#233;rieure aux autres ; pourquoi ces noms de famille juive n'ont-ils pas &#233;t&#233; int&#233;gr&#233;s &#224; la liste des tu&#233;es de 39-45 ? &#187; C'est suite et gr&#226;ce &#224; l'article des trois M&#233;n&#233;hildiens que cette plaque a &#233;t&#233; pos&#233;e.&lt;br&gt; &lt;span style='margin-left:45px;'&gt; &lt;/span&gt;Beaucoup de ceux qui passent dans le hall n'ont peut-&#234;tre jamais remarqu&#233; ces plaques. Mais &#224; chaque c&#233;r&#233;monie lors de la journ&#233;e des D&#233;port&#233;s, les autorit&#233;s civiles et militaires viennent d&#233;poser une gerbe devant les plaques et se recueillir.&lt;br&gt;
&lt;span class='spip_document_6952 spip_documents spip_documents_center'&gt;
&lt;img src='https://www.menouetsesvoisinsdargonne.fr/local/cache-vignettes/L500xH408/plaque_n92_ph3-6e412.jpg?1773460442' width='500' height='408' alt=&#034;&#034; /&gt;&lt;/span&gt;&lt;br&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		
		<enclosure url="https://www.menouetsesvoisinsdargonne.fr/IMG/pdf/a-la-memoire-de-la-famille-finkelstein_a1384-2.pdf" length="448508" type="application/pdf" />
		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>En 1943 Dachau n'est pas l'endroit id&#233;al pour f&#234;ter No&#235;l</title>
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		<dc:date>2016-10-26T20:39:00Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Dominique Delacour</dc:creator>


		<dc:subject>1939-1945</dc:subject>
		<dc:subject>D&#233;portation</dc:subject>
		<dc:subject>Guerre</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;Etienne Picart de Somme-Y&#232;vre, n&#233; en d&#233;cembre 1922, mari&#233; &#224; Mauricette depuis 1950 est un jeune homme alerte de 93 ans. Cette remarque, &#224; peine exag&#233;r&#233;e, ne sera probablement pas d&#233;mentie par ceux qui le connaissent. &lt;br class='autobr' /&gt; Les 8 et 9 juin 2016, un groupe d'anciens combattants de la Marne dont il est membre, organise un voyage d&#233;couverte de deux jours en Alsace. Le couple Picart y participe. Au menu, visite de sites int&#233;ressants, la gastronomie alsacienne et pour finir la d&#233;couverte du camp de (...)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://www.menouetsesvoisinsdargonne.fr/spip.php?rubrique86" rel="directory"&gt;Revue N&#176;72&lt;/a&gt;

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&lt;a href="https://www.menouetsesvoisinsdargonne.fr/spip.php?mot31" rel="tag"&gt;1939-1945&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.menouetsesvoisinsdargonne.fr/spip.php?mot40" rel="tag"&gt;D&#233;portation&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.menouetsesvoisinsdargonne.fr/spip.php?mot57" rel="tag"&gt;Guerre&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;&lt;span style='margin-left:45px;'&gt; &lt;/span&gt;Etienne Picart de Somme-Y&#232;vre, n&#233; en d&#233;cembre 1922, mari&#233; &#224; Mauricette depuis 1950 est un jeune homme alerte de 93 ans. Cette remarque, &#224; peine exag&#233;r&#233;e, ne sera probablement pas d&#233;mentie par ceux qui le connaissent.&lt;br&gt;
&lt;br&gt; &lt;span class='spip_document_3498 spip_documents spip_documents_left' style='float:left;'&gt;
&lt;img src='https://www.menouetsesvoisinsdargonne.fr/local/cache-vignettes/L250xH204/picart1_n72-d06d8.jpg?1773439963' width='250' height='204' alt=&#034;&#034; /&gt;&lt;/span&gt;&lt;span style='margin-left:45px;'&gt; &lt;/span&gt;Les 8 et 9 juin 2016, un groupe d'anciens combattants de la Marne dont il est membre, organise un voyage d&#233;couverte de deux jours en Alsace. Le couple Picart y participe. Au menu, visite de sites int&#233;ressants, la gastronomie alsacienne et pour finir la d&#233;couverte du camp de concentration &#171; le Struthof &#187;. L&#224; on va apprendre une des aventures d'Etienne pendant la guerre 1939-1945 que seules quelques personnes de sa g&#233;n&#233;ration connaissent.&lt;br&gt;
&lt;span style='margin-left:45px;'&gt; &lt;/span&gt;Voici le r&#233;cit de son t&#233;moignage recueilli quelques jours apr&#232;s le p&#233;riple en Alsace, revu et corrig&#233; par lui-m&#234;me.&lt;br&gt;
&lt;br&gt;
&lt;br&gt;
&lt;b&gt;A 20 ans, il est affect&#233; au S.T.O.&lt;/b&gt;&lt;br&gt;
&lt;span style='margin-left:45px;'&gt; &lt;/span&gt;D&#233;but 1943, en f&#233;vrier, le S.T.O. (service du travail obligatoire) vient d'&#234;tre instaur&#233; par les allemands pour remplacer le service militaire des Fran&#231;ais dans le but de subvenir aux besoins de main-d'&#339;uvre de leur pays priv&#233; de ses forces vives engag&#233;es dans le conflit mondial. La classe 1942, celle d'Etienne est donc apte pour le S.T.O.&lt;br&gt;
&lt;span style='margin-left:45px;'&gt; &lt;/span&gt;Aussit&#244;t il cherche une solution pour y &#233;chapper. Ni une ni deux, il enfourche son v&#233;lo dont les roues sont garnies avec une sorte de corde tress&#233;e en guise de pneus devenus introuvables. Il se rend &#224; Saint-Memmie chez Serge Pigny pour lui demander conseil. C'est un cousin et un r&#233;sistant de la premi&#232;re heure bien connu dans la Marne. Pour lui, deux solutions : d&#233;serter, devenir clandestin et entrer dans la R&#233;sistance ou ob&#233;ir ; se soumettre est la seule solution envisageable, lui conseille alors Serge Pigny.&lt;br&gt;
&lt;br&gt;
&lt;b&gt;Il travaille dans une ferme en Bavi&#232;re.&lt;/b&gt;&lt;br&gt; &lt;span style='margin-left:45px;'&gt; &lt;/span&gt;Le 21 juin 1943, comme beaucoup d'autres dans son cas, Etienne rejoint le lieu de son affectation : Matzitg, situ&#233; &#224; l'est de Munich et pas loin de Berchtesgaden.&lt;br&gt;
&lt;span style='margin-left:45px;'&gt; &lt;/span&gt;Le jour suivant, avec d'autres S.T.O. et prisonniers de guerre, ils sont rassembl&#233;s et des Allemands viennent faire leur &#171; march&#233; de main-d'&#339;uvre &#187;. Choisi par l'un d'entre eux, Etienne va conduire un petit camion pour collecter le lait dans les fermes. Mais, ne parlant pas allemand, il n'y reste que tr&#232;s peu de temps.&lt;br&gt;
&lt;span class='spip_document_3499 spip_documents spip_documents_left' style='float:left;'&gt;
&lt;img src='https://www.menouetsesvoisinsdargonne.fr/local/cache-vignettes/L150xH239/picart2_n72-86bbe.jpg?1773439963' width='150' height='239' alt=&#034;&#034; /&gt;&lt;/span&gt;&lt;span style='margin-left:45px;'&gt; &lt;/span&gt;Ensuite il se retrouve dans une ferme herbag&#232;re isol&#233;e du village, d&#233;nomm&#233; Hart&#233;, chez Karl Egl&#233;, p&#232;re de 7 enfants. Seul avec son patron d&#233;j&#224; &#226;g&#233;, il sera consid&#233;r&#233; comme le fils de la famille et sera rebaptis&#233; Gustave. Il re&#231;oit un salaire, est respect&#233; et libre. Par exemple, le travail termin&#233;, il rejoint &#224; pied un caf&#233; distant de 3 kilom&#232;tres environ o&#249; il retrouve des prisonniers fran&#231;ais embauch&#233;s dans le secteur. Ils discutent autour d'une bi&#232;re, tapent le carton, etc Ils sont bien accept&#233;s dans ce coin de Bavi&#232;re. Il rentre le soir &#224; la ferme o&#249; son casse-cro&#251;te est pr&#234;t.&lt;br&gt;
&lt;br&gt;
&lt;b&gt;Il tente de s'&#233;vader !&lt;/b&gt;&lt;br&gt;
&lt;span style='margin-left:45px;'&gt; &lt;/span&gt;En d&#233;cembre, malgr&#233; sa vie &#171; relativement facile &#187;, voyant venir les f&#234;tes de fin d'ann&#233;e, Etienne est gagn&#233; par la nostalgie et r&#234;ve de mieux : retrouver la France et les siens. Malgr&#233; les mises en garde des autres prisonniers, c'est plus fort que lui, son besoin d'action et d'aventure le pousse &#224; agir. Peu avant No&#235;l sa d&#233;cision est prise. Il se rend dans le village o&#249; se trouve le caf&#233;, mais aussi une gare et de l&#224; rejoint Munich, premi&#232;re &#233;tape vers la libert&#233;. Il prend un billet pour Strasbourg et la France, direction l'ouest. Ne parlant pas allemand il se d&#233;brouille comme il peut.&lt;br&gt;
&lt;span style='margin-left:45px;'&gt; &lt;/span&gt;Etienne monte dans un train. Apr&#232;s quelques heures de voyage et le c&#339;ur plein d'espoir, le train fait un long arr&#234;t dans une grande ville. Catastrophe ! cette ville est Linz en Autriche &#224; environ 200 kms de Munich. Il est bien sur la bonne ligne mais &#224; un d&#233;tail pr&#232;s : ce n'est pas dans le bon sens, le train est parti vers l'est Etienne est interpell&#233; par des prisonniers portant les fameuses lettres KG. Ils parlent fran&#231;ais et le conseillent ; ils le font monter dans un wagon &#224; bestiaux o&#249; il va passer pr&#232;s d'une journ&#233;e &#224; attendre. De l&#224; le train repart dans la bonne direction : l'ouest.&lt;br&gt;
&lt;br&gt;
&lt;b&gt;Il va d&#233;couvrir Dachau.&lt;/b&gt;&lt;span class='spip_document_3500 spip_documents spip_documents_right' style='float:right;'&gt;
&lt;img src='https://www.menouetsesvoisinsdargonne.fr/local/cache-vignettes/L250xH144/picart3_n72-32134.jpg?1773439963' width='250' height='144' alt=&#034;&#034; /&gt;&lt;/span&gt;
&lt;br&gt;
&lt;span style='margin-left:45px;'&gt; &lt;/span&gt;Il arrive &#224; Munich o&#249; il est aussit&#244;t interpell&#233; par des policiers S.S. Interrog&#233; il est mis en prison. Il a pr&#233;par&#233; un plan avant l'&#233;vasion : il a l'adresse d'un ami &#224; Munich et il vient lui rendre visite. Ce sera l'alibi si &#231;a se passe mal. Le lendemain, il est embarqu&#233; avec d'autres dans un des 3 camions en attente d'une destination inconnue. Il proteste mais les S.S. savent vite faire taire les r&#233;calcitrants. Pendant le parcours certains craignent Dachau &#224; l'arriv&#233;e. En effet ils vont se retrouver dans ce camp de concentration de sinistre m&#233;moire. Etienne sera donc avec les d&#233;port&#233;s et interrog&#233; plusieurs fois par jour. A chaque fois il r&#233;p&#232;te la m&#234;me &#171; histoire &#187; que les S.S. ne peuvent v&#233;rifier car Munich a subi des d&#233;g&#226;ts suite &#224; des bombardements alli&#233;s.&lt;br&gt;
&lt;span style='margin-left:45px;'&gt; &lt;/span&gt;Il va partager la triste vie des d&#233;port&#233;s pendant une quinzaine de jours. Cependant il reste habill&#233; en civil, ce qui l'angoisse car il a peur d'&#234;tre pris pour un espion par ses compagnons de malheur. Il va endurer tous les s&#233;vices inflig&#233;s aux d&#233;port&#233;s. Pour marquer les f&#234;tes de fin d'ann&#233;e, les S.S. vont leur offrir en plus &#171; un cadeau sp&#233;cial &#187; : &#224; No&#235;l et au Nouvel an ils ont droit &#224; un rassemblement suppl&#233;mentaire. Ils sont oblig&#233;s de se tenir debout sans bouger dans la neige et le froid de tr&#232;s longues minutes paraissant des heures. Le cadeau est enfin distribu&#233; : ils re&#231;oivent &#224; tour de r&#244;le un violent coup de matraque sur la nuque, et ce pour les r&#233;chauffer ironisent les S.S. Cela indique le degr&#233; de l'humour pervers et cruel des nazis.&lt;br&gt;
&lt;br&gt;
&lt;b&gt;Lib&#233;r&#233;, il travaille dans une autre ferme.&lt;/b&gt;&lt;br&gt;
&lt;span style='margin-left:45px;'&gt; &lt;/span&gt;Les r&#234;ves d'Etienne, il y a peu de temps, sont devenus cauchemar et souffrance. Heureusement pour lui, n'ayant jamais vari&#233; dans ses r&#233;ponses et les S.S. ne trouvant rien &#224; retenir contre lui, le miracle se produit, il va quitter l'horreur. Il est reconduit, fort amaigri, m&#233;connaissable, couvert de poux, chez son patron. Celui-ci, un peu d&#233;pit&#233; et d&#233;&#231;u de l'attitude d'Etienne &#224; son &#233;gard, refuse de le reprendre.&lt;br&gt;
&lt;span style='margin-left:45px;'&gt; &lt;/span&gt;Il est alors affect&#233; dans une autre ferme de la r&#233;gion, non loin de la premi&#232;re. Le soir il retrouve ses camarades&lt;span class='spip_document_3501 spip_documents spip_documents_left' style='float:left;'&gt;
&lt;img src='https://www.menouetsesvoisinsdargonne.fr/local/cache-vignettes/L120xH187/picart4_n72-2c6ea.jpg?1773439963' width='120' height='187' alt=&#034;&#034; /&gt;&lt;/span&gt; au caf&#233;. Il va y rester sagement 16 mois, ayant abandonn&#233; l'envie de s'&#233;vader. Il garde aussi des souvenirs favorables dans cette autre ferme bavaroise.&lt;br&gt;
&lt;span style='margin-left:45px;'&gt; &lt;/span&gt;Une anecdote : le dimanche, avec deux prisonniers, ils partagent leur repas dans ce caf&#233;. Etienne a pris l'habitude de prendre des &#339;ufs de la ferme pour am&#233;liorer l'ordinaire. Un beau jour, son patron qui n'est pas dupe, lui dit simplement : &#171; Auguste, (il a re&#231;u un autre nom de bapt&#234;me dans cette ferme), surtout ne fait pas l'omelette &#187;. Pris de remords, Etienne lui demande alors pour acheter les &#339;ufs. Il s'est vu r&#233;pondre : &#171; Prends-en, il suffit simplement de demander !!! &#187; Il va rester dans cette ferme jusqu'au 20 mai 1945, lib&#233;r&#233; par les Russes et les alli&#233;s et il va donc retrouver la France et les siens.&lt;br&gt;
&lt;br&gt;
&lt;b&gt;Epilogue.&lt;/b&gt;&lt;br&gt;
&lt;span style='margin-left:45px;'&gt; &lt;/span&gt;Il nous reste &#224; imaginer un autre sc&#233;nario : Etienne a pris le train dans le bon sens fin 1943. Dans ce cas, serait-il encore l&#224; aujourd'hui ? Rien n'est moins s&#251;r car de Munich &#224; Somme-Y&#232;vre, les occasions d'&#234;tre repris sont nombreuses et le verdict serait vite tomb&#233; : le camp de concentration et cette fois pas pour une simple visite !&lt;br&gt;
&lt;span style='margin-left:45px;'&gt; &lt;/span&gt;En conclusion c'est peut-&#234;tre son erreur de direction qui lui a sauv&#233; la vie et lui a permis une prolongation de plus de 70 ans &#224; ce jour et encore bien plus &#224; esp&#233;rer vu sa forme actuelle.&lt;br&gt;
&lt;span style='margin-left:45px;'&gt; &lt;/span&gt;18 ans plus tard, Etienne a eu la joie d'accueillir les patrons de sa premi&#232;re ferme venus lui rendre visite. Et quelle ne fut pas sa surprise de s'entendre appeler Gustave ! Pour preuve que toute aventure, m&#234;me dramatique, peut un jour ou l'autre se transformer en heureux &#233;v&#233;nement ! &lt;br&gt; &lt;span style='margin-left:400px;'&gt; &lt;/span&gt;Dominique Delacour&lt;br&gt; &lt;br&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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		<title>R&#233;cit de Monsieur Albert CHAMPION</title>
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		<dc:date>1998-06-19T18:53:00Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Patrick Desingly</dc:creator>


		<dc:subject>1939-1945</dc:subject>
		<dc:subject>D&#233;portation</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;N&#233; en 1927 &#224; Clermont en Argonne o&#249; il vit toujours. Albert CHAMPION nous raconte ses souvenirs douloureux d'ao&#251;t 1944, &#224; l'occasion des f&#234;tes comm&#233;moratives de la d&#233;portation. &lt;br class='autobr' /&gt; Le 30 juillet 1944, l'horreur s'est abattue sur Clermont en Argonne. En repr&#233;sailles d'un acte de r&#233;sistance, 100 hommes du village sont d&#233;port&#233;s &#171; politiques &#187;, 28 seulement en reviendront et &#224; quel prix ? Monsieur Albert CHAMPION fait partie des survivants. Avec humilit&#233; et une larme au (...)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://www.menouetsesvoisinsdargonne.fr/spip.php?rubrique59" rel="directory"&gt;Revue N&#176; 1&lt;/a&gt;

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&lt;a href="https://www.menouetsesvoisinsdargonne.fr/spip.php?mot31" rel="tag"&gt;1939-1945&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.menouetsesvoisinsdargonne.fr/spip.php?mot40" rel="tag"&gt;D&#233;portation&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;div id='decoupe_haut' class='pagination decoupe_haut'&gt;
&lt;img class=&#034;no_image_filtrer&#034; alt=&#034;Page pr&#233;c&#233;dente&#034; title=&#034;Page pr&#233;c&#233;dente&#034; src='https://www.menouetsesvoisinsdargonne.fr/plugins/auto/couteau_suisse/v1.14.1/img/decoupe/precedent_off.gif'/&gt; &lt;span class=&#034;cs_pagination_off&#034;&gt;1&lt;/span&gt; &lt;a title=&#034;Page 2&#160;: Apr&#232;s avoir travaill&#233; au moins dix heures par jour, on (...)&#034; href='https://www.menouetsesvoisinsdargonne.fr/spip.php?id_mot=40&amp;#38;page=backend&amp;#38;artpage=2-2' class=&#034;decoupe_page&#034;&gt;2&lt;/a&gt; &lt;a href='https://www.menouetsesvoisinsdargonne.fr/spip.php?id_mot=40&amp;#38;page=backend&amp;#38;artpage=2-2' class=&#034;decoupe_img&#034;&gt;&lt;img class=&#034;no_image_filtrer&#034; alt=&#034;Page suivante&#034; title=&#034;Page suivante&#034; src='https://www.menouetsesvoisinsdargonne.fr/plugins/auto/couteau_suisse/v1.14.1/img/decoupe/suivant.gif'/&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;font&gt; &lt;/font&gt; &lt;i&gt;N&#233; en 1927 &#224; Clermont en Argonne o&#249; il vit toujours. Albert CHAMPION nous raconte ses souvenirs douloureux d'ao&#251;t 1944, &#224; l'occasion des f&#234;tes comm&#233;moratives de la d&#233;portation.&lt;br&gt;
&lt;font&gt; &lt;/font&gt; Le 30 juillet 1944, l'horreur s'est abattue sur Clermont en Argonne. En repr&#233;sailles d'un acte de r&#233;sistance, 100 hommes du village sont d&#233;port&#233;s &#171; politiques &#187;, 28 seulement en reviendront et &#224; quel prix ?&lt;br&gt; &lt;font&gt; &lt;/font&gt; Monsieur Albert CHAMPION fait partie des survivants. Avec humilit&#233; et une larme au coin de l'&#339;il, il me confie, en pensant &#224; tous les siens, son t&#233;moignage recueilli en ao&#251;t 1997 par Monsieur Pierre LEFEVRE.&lt;/i&gt;&lt;br&gt;
&lt;br&gt;
&lt;strong&gt;Un parcours chaotique&lt;/strong&gt;&lt;br&gt; &lt;br&gt;
&lt;font&gt; &lt;/font&gt; Apr&#232;s avoir &#233;t&#233; arr&#234;t&#233; comme les autres, je suis arriv&#233; &#224; Ecrouves puis transf&#233;r&#233; &#224; la prison Charles III &#224; Nancy (j'avais seulement 17 ans). Le 19 ao&#251;t 1944, la prison est &#233;vacu&#233;e et nous sommes conduits au Struthof via la gare de Rothau o&#249; nous restons environ trois semaines.&lt;br&gt;
&lt;br&gt;
&lt;font&gt; &lt;/font&gt; L&#224;, huit Clermontois nous ont quitt&#233;s et sont all&#233;s directement &#224; Sch&#246;mberg ; parmi eux, il y avait Ernest Halbin, Michel Ribon, Louis Roland, Henri Romieu, Georges Th&#233;not et Gilbert Vauquois.&lt;br&gt;
&lt;br&gt;
&lt;font&gt; &lt;/font&gt; Le 4 septembre 1944, nous sommes arriv&#233;s &#224; Dachau (au nord-ouest de Munich) puis, le 12 du m&#234;me mois j'ai &#233;t&#233; transf&#233;r&#233; &#224; Ottobr&#252;nn (au sud-est de Munich) avec quatorze autres Argonnais : Emilio et Lino Aimini, Ars&#232;ne Suysse, Jean Champion, Gaston et Marcel Charle, Marcel Collet, Georges Hautier, Fernand Jadoul et des fils Andr&#233; et Ren&#233;, Henri Laurent, Hector Nicora et Albert Schmitt. Je n'y suis pas rest&#233; longtemps, car j'ai &#233;t&#233; transf&#233;r&#233; le 20 septembre &#224; Dautmergen (dans la vall&#233;e du Neckar, &#224; 80 km au sud-ouest de Stuttgart). Mon fr&#232;re Marcel y a &#233;t&#233; abattu le 18 octobre 1944, car il avait tent&#233; de rejoindre des prisonniers de guerre.&lt;br&gt;
&lt;br&gt;
&lt;font&gt; &lt;/font&gt; J'ai donc pass&#233; tout l'hiver dans cet enfer et le 11 avril 1945, nous sommes partis &#224; la gare de Sch&#246;mberg puis en train jusqu'Allach, pr&#232;s de Dachau, o&#249; j'ai retrouv&#233; d'autres Clermontois comme Ernest Halbin, Louis Roland et Henri Romieu qui sont morts tous les trois fin avril dans le &#171; bloc des malades &#187; ainsi que Georges Th&#233;not et Gilbert Vauquois qui s'en sont sortis.&lt;br&gt;
&lt;br&gt;
&lt;strong&gt;La vie quotidienne&lt;/strong&gt;&lt;br&gt;
&lt;br&gt;
&lt;font&gt; &lt;/font&gt; La journ&#233;e commen&#231;ait par l'appel de tous les d&#233;port&#233;s : nous devions suivre plusieurs ordres :&lt;br&gt;
&lt;font&gt; &lt;/font&gt; &#171; Garde &#224; vous !&lt;br&gt;
&lt;font&gt; &lt;/font&gt; Mains au corps !&lt;br&gt;
&lt;font&gt; &lt;/font&gt; M&#252;tzen (casquettes) !&lt;br&gt;
&lt;font&gt; &lt;/font&gt; Reposez les mains ! &#187;&lt;br&gt;
&lt;br&gt;
&lt;font&gt; &lt;/font&gt; Si un d&#233;port&#233; ne faisait pas tout cela tr&#232;s bien, il &#233;tait puni : il devait se mettre accroupi, sur la pointe des pieds et les bras tendus. Une fois, j'ai trich&#233;, j'avais les pieds &#224; plat : j'ai re&#231;u un coup de &#171; goumi &#187; (sorte de tuyau en caoutchouc avec des fils tress&#233;s) et j'ai &#233;t&#233; compl&#232;tement abasourdi.&lt;br&gt;
&lt;br&gt;
&lt;font&gt; &lt;/font&gt; D'ailleurs, nos gardiens tapaient sans cesse sur nous. Un jour, Aristide Adami a re&#231;u vingt-cinq coups de schlague, car il avait tent&#233; une &#233;vasion. J'ai &#233;galement re&#231;u un coup de crosse de fusil, car je ne travaillais pas assez. Un h&#233;matome s'est form&#233; et a provoqu&#233; une tumeur ; cela a n&#233;cessit&#233; une op&#233;ration en mai ou juin 1945 et j'ai &#233;t&#233; soign&#233; tr&#232;s longtemps.&lt;br&gt;
&lt;br&gt;
&lt;font&gt; &lt;/font&gt; De plus, en apportant un fagot de bois &#224; la cuisine, j'ai &#233;t&#233; rou&#233; de coups par des petits jeunes qui travaillaient l&#224; ; ils &#233;taient de corv&#233;e de peluches et avaient gagn&#233; cette planque, car ils servaient de femmes aux kapos. Cela m'a provoqu&#233; une &#233;ventration diaphragmatique...&lt;br&gt;
&lt;br&gt;&lt;/p&gt;&lt;div id='decoupe_bas' class='pagination decoupe_bas'&gt;
&lt;img class=&#034;no_image_filtrer&#034; alt=&#034;Page pr&#233;c&#233;dente&#034; title=&#034;Page pr&#233;c&#233;dente&#034; src='https://www.menouetsesvoisinsdargonne.fr/plugins/auto/couteau_suisse/v1.14.1/img/decoupe/precedent_off.gif'/&gt; &lt;span class=&#034;cs_pagination_off&#034;&gt;1&lt;/span&gt; &lt;a title=&#034;Page 2&#160;: Apr&#232;s avoir travaill&#233; au moins dix heures par jour, on (...)&#034; href='https://www.menouetsesvoisinsdargonne.fr/spip.php?id_mot=40&amp;#38;page=backend&amp;#38;artpage=2-2' class=&#034;decoupe_page&#034;&gt;2&lt;/a&gt; &lt;a href='https://www.menouetsesvoisinsdargonne.fr/spip.php?id_mot=40&amp;#38;page=backend&amp;#38;artpage=2-2' class=&#034;decoupe_img&#034;&gt;&lt;img class=&#034;no_image_filtrer&#034; alt=&#034;Page suivante&#034; title=&#034;Page suivante&#034; src='https://www.menouetsesvoisinsdargonne.fr/plugins/auto/couteau_suisse/v1.14.1/img/decoupe/suivant.gif'/&gt;&lt;/a&gt;
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